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13 juin 2008 5 13 /06 /juin /2008 21:30

L'importance de l'écrit:


Comme Jacqueline Pigeot l'indique [1], la poésie japonaise se situe entre écriture (caractère) et vocalité (rythme et contenu): si la musicalité des poèmes est mise en avant, leur composition est influencée par la Chine - civilisation de l'écrit - d'où ils proviennent.


Ainsi, l'unité de mesure se dit ji [じ 字] ou moji [もじ文字], "signe d'écriture".


De plus, les compositions comportant un surplus ou un manque de mores déterminés (cad 5/7/5) sont appelés jiamari [じあまり 字余り] (trop de caractères) ou jitarazu [じたらず字足らず] (manque de caractères).


Enfin, la calligraphie est considérée à l'époque du waka comme une interprétation du poème:  honnit soit le poète mauvais calligraphe (tel fujiwara no nobutsune, dans les notes de chevet de Sei Shônagon, qui - ne pouvant répondre à un poème avec une belle écriture - s'enfuit de honte - p17 de [1]).


La présentation verticale en une seule ligne:

A l'époque moderne, l'importance de l'écrit ne semble pas avoir disparu en ce qui concerne la présentation du poème:  il est ainsi conseillé à l'apprenti haijin d'écrire ses compositions [en japonais] sur une seule ligne verticale [2].

Cette présentation a la vertu de permettre de vérifier la "fluidité" d'une composition censée pouvoir se dérouler d'une seule traite.

Dans une telle présentation, se pose alors la question des moyens pour repérer le rythme (de 5/7/5) dans la phrase (rappelons qu'en japonais, il n'existe pas d'espaces entre les mots, que le point et la virgule sont des concepts récents, totalement absents de la rédaction d'un haïku).

En fait, la présence de certains mots (kireji, noms communs, particules enclitiques ...) permet de révéler ce rythme, la coupure se faisant  avant ou après.


Exemple célèbre:

古池や蛙飛こむ水のをと

furu ike ya kowazu tobikomu mizu no oto

Ici le kireji "ya" permet de déterminer le premier vers (furu ike ya). Le deuxième et le troisème vers sont également  révélés par la présence de deux propositions: "kowazu tobikomu" et "mizu no oto".


Une application au français:

Une application au français (en une seule ligne horizontale) est-elle possible? A vous de répondre. Cela permettrait au moins de tester comme en japonais la fluidité du poème...

Ainsi la traduction de l'exemple donné en une seule ligne:

Vénérable étang ! Les rainettes plongent, Ô le bruit de l’eau [3]

 

[1] Questions de poétique japonaise de Jacqueline Pigeot - PUF - collection : orientales - ISBN : 2130479227

[2] haïku nyumon de Kaneko touta (JP) - Ed= gentosha ISBN 4-344-90093-6

[3] Traduction L Mabesoone


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Published by chris - dans Théorie haïku
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commentaires

Daniel Fattore 05/08/2008 14:50

En une seule ligne, en français? Pourquoi pas - en tout cas à des fins de travail, pour améliorer la fluidité. Merci pour cette idée! Et merci de votre passage sur mon blog. Vos photos de "franponais" ont aussi de l'allure...

chris 05/08/2008 20:27


Bonjour,

Merci pour votre commentaire. Je suis content que cette idée vous intéresse: la ligne unique, évidente en japonais, est peut-être surprenante en français, mais elle peut apporter beaucoup à une
composition.

Je lis toujours avec attention vos observations sur le site de Wrath et votre blog est dense, intéressant.

Pour les photos, si cela vous interésse, vous pourrez trouver quelques détails de leur contexte dans un article ("le franponais"). A chaque retour au Japon, je cherche à en attraper de
nouveaux.

Amitiés.


furoshiki 22/06/2008 00:09

Très intéressant, cette notion de fluidité dans le haiku, et d'essayer de la rendre en français sur une seule ligne horizontale. je vais la tenter. Quant à moi, j'aime surtout les écrire au crayon de bois, sans majuscules et sans ponctuation, sauf parfois un tiret semi-cadratin. Merci pour les références d'ouvrages.La traduction de Mabesoone du célébrissime haiku de Basho n'est pas ma préférée, mais elle donne un autre éclairage!

chris 22/06/2008 16:33



Bonjour,

Merci pour votre visite.

Ce haiku fait partie des compositions qui, derrière leur (apparente?) simplicité, restent difficiles à traduire. La version de Mabuson sempai est intéressante pour remettre en place cette notion
de "fluidité" ou "d'unicité" du haïku.

Une autre version (Joan Titus Carmel), un peu plus "hachée", peut-être:

Ah! le vieil étang
une grenouille y plonge -
Le bruit de l'eau

Note: Dans toutes les traductions, se posent notamment le problème du pluriel et de la transcription de la pause (le ma)... Dans un futur post, j'envisagerais sans doute - avec mes mots - cette
question.

En tout cas, je pense aussi essayer l'écriture en une seule ligne. Mais pour l'instant, je teste mes haikus en japonais mis en ligne en les recopiant sur un cahier "tsubame". Mes premiers jets,
eux, sont "couchés" sur un petit rhodia qui m'accompagne toujours dans les transports en commun.

Amitié.



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