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17 novembre 2008 1 17 /11 /novembre /2008 14:00
La composition en japonais dans un cadre français est une démarche qui entretient un certain rapport avec la nécessité de traduire ses oeuvres et la portée de celles-ci une fois traduites. La difficulté de cette posture rend sans doute plus facilement sensible à la perte de sens dans les moments de passages à vide. Retourner à la source de son plaisir permet peut-être de se remotiver.

I- Du rapport  avec la traduction de ses propres oeuvres

Au delà des raisons de la composition en langue étrangère, déjà évoquées auparavant [ici], se pose le problème du public.

En effet, toute forme de créativité passe par:
-  une envie de concevoir (écrire);
- une volonté de transmettre, communiquer (se faire lire);
- se concrétisant par un média (le support du livre);
- nécessitant un  investissement en société important (soumissions d'oeuvres pour se faire éditer, rapports avec éditeurs, entretien des lecteurs...).


Dans une certaine mesure, l'apparition d'internet a permis de rendre accessible le média à tous et de susciter des écrits qui sans cela seraient restés à l'état d'inconscient. Cette démarche ici présente participe de cela.

Cependant, une difficulté subsiste dans le cas de la composition en langue étrangère (le japonais) dans un cadre local (la France): trouver ses lecteurs devient plus difficile sans l'entremise de la traduction. Sans envisager une composition dans un blog purement japonais, la traduction permet donc de créer un lien entre la France (lieu de lecture) et le Japon (lieu de création).

Il reste à s'interroger sur la portée de la traduction d'une oeuvre poétique: dénaturée ou non?

II- Sur la portée de la traduction dans la poésie en générale:

Les partisans de la "musicalité interne absolue" d'un texte pensent qu'elle est indissociable de la langue et réfutent toute traduction possible. Cependant, cette position est une démarche élitiste.

La traduction d'un poème est similaire à l'adaptation sur scène d'une pièce de théâtre: elle ne disqualifie pas l'oeuvre écrite, mais au contraire lui donne la possibilité de s'exprimer sous une autre forme, de se représenter, tout en en respectant l'esprit. D'autre part cette démarche permet de rendre accessible au plus grand nombre une oeuvre, ce qui me paraît essentiel dans le haïku et conforme à son ouverture d'esprit.

Cependant, pour pouvoir faire office de passeur, il s'agit d'apporter une attention particulière à la traduction: en cela, ainsi que l'indique Monique Coudert dans la revue Ploc (n°5), il apparaît important que le traducteur ai également une âme de poète.


III- Sources de motivation: aux origines de ses haïkus:


Retourner aux sources de son émerveillement est sans doute un moyen de trouver de nouveau du sens et une motivation dans la composition.

Ainsi, quels seraient les haïkus essentiels pour vous? Voici les miens:

# - Issa - première rencontre

Bien qu'étudiant le japonais depuis quelques temps, la poésie japonaise n'allait pas de soi pour moi jusqu'à la découverte en 2000 d'un poème d'Issa dans une traduction de Joan Titus Carmel:

露の世は
露の世ながら
さりながら

tsuyu no yo ha
tsuyu no yo nagara
sarinagara

Ce monde de rosé
est un monde de rosé
pourtant et pourtant

La fragilité et la beauté. Le haïku porte en lui une résonance particulière (un yoin?) qui parle encore longtemps au coeur même la lecture achevée.


#- Mabuson Seigan - première lecture japonaise

Découvert par le blog de Paul ailleurs, Mabuson seigan est l'unique français haijin au Japon: cela nous encourage à composer dans cette langue. J'aime son livre sur Issa dans lequel il glisse certaines de ses compositions:

花 の影
今年もわれは
異国人

hana no kage
kotoshi mo warewa
ikoku-jin

L'ombre des fleurs
je suis encore un étranger
cette année

Le sentiment de l'exil, de l'étranger, difficilement définissable se trouve exprimé en peu de mots. C'est admirable.

#- Mayuzumi Madoka - des thèmes novateurs

Découverte il y a peu, Mayuzumi est mon dernier coup de coeur en matière de haïkus:

風が好き
ひな菊が好き
アナタが好き

kaze ga suki
hinagiku ga suki
anata ga suki

J'aime le vent,
J'aime les pâquerettes,
Je t'aime plus que tout

Parler d'amour avec le haïku.

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Published by chris - dans Théorie haïku
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commentaires

furoshiki 23/11/2008 20:22

Ne lisant pas le japonais (sans doute le temps viendra, quand il y aura assez de temps à y consacrer), à part quelques の - 人 - 山 - 三 et autres 日本 impossibles à rater, il me semble difficile d'essayer cette traduction du français vers le japonais. En revanche, lire soi-même, à haute voix, les haiku originaux dans la langue japonaise, grâce à la transcription en romaji est un bonheur dont on ne devrait pas se priver. Et les sites qui fournissent les deux formes, comme Tabi, sont à remercier et plébisciter. Merci beaucoup pour l'incitation.

chris 24/11/2008 13:21



Merci pour votre commentaire.


En fait, le passage du japonais (composition dans cette langue) au français est légèrement plus facile que de traduire des compositions françaises en japonais.


L'étude d'une langue est similaire au tombeau des danaides, il y a toujours quelque chose à apprendre et c'est sans doute ce qui rend la chose intéressante, mais une fois les bases comprises
(pour lesquelles il faut consacrer du temps il est vrai), il est possible de progresser ou maintenir la langue à son rythme.



Je reconnais ne pas toujours mettre la transcription en romaji (notamment pour mes compositions), mais je suis tout à fait d'accord avec vous: il me paraît nécessaire lorsqu'un poème étranger est
présenté de proposer l'écrit originel tout autant que sa traduction, ce qui implique pour des langues "non latines" d'indiquer aussi sa transcription. C'est l'une des raisons qui me fait préférer
les éditions Verdier en matière de haïku. C'est l'une des raisons qui me fait préférer les éditions Verdier en matière de haïku.



Heure - 時間

France - フランス
Japon - 日本