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8 février 2009 7 08 /02 /février /2009 17:02
Un domaine méconnu du haïkaiste francophone est sans doute l'importance que peut prendre le choix des caractères dans la poésie japonaise, lesquels ont un impact certain sur le style.

# - L'écriture en japonais:

Pour rappel, le japonais est composé de kanjis (littéralement "signe des hans" - caractères issus de la Chine) et de kanas (caractères simplifiés des précédents, à "valeur syllabique"). Ces derniers sont décomposés en hiraganas et en katakanas.

Ainsi un mot tel que "le chat" pourrait être écrit:
- en kanji avec le caractère possédant la valeur sémantique du mot: 猫;
- en kana avec les caractères simplifiés possédants les valeurs "sonores" du mot (NE+KO): ねこ(hiragana)  ou ネコ(katakana).

Sans rentrer dans le détail, il est nécessaire de comprendre que la phrase du japonais écrit comporte l'ensemble de ces caractères, chacun ayant une fonction distincte  (une base verbale en kanji et une déclinaison en hiragana, l'utilisation des hiraganas pour les particules enclitiques et l'utilisation des katakanas pour les mots étrangers ou des onomatopées...).

Les phrases japonaises sont parfois également parsemées de caractères latins (exemple NG pour l'expression "No good") et de signes (points d'interrogations, d'exclamation...) importés des langues occidentales.

# - L'utilisation des caractères:

En matière  littéraire et poétique, le choix des caractères à utiliser n'est pas neutre et impacte le style en apportant une coloration supplémentaire à une phrase.

Ainsi, l'utilisation de Kanjis introduit une solennité, gravité supplémentaire à une phrase tandis que l'usage des hiraganas en adoucit le sens.

Les katakanas suscitent un effet "mécanique", une atmosphère peu banale à la phrase.

Il ne faut pas non plus oublier l'utilisation - avec parcimonie - de caractères latins ou de signes divers (./+/- etc), lesquels peuvent apporter une originalité certaine à la phrase.

Exemples tirés du haiku nyûmon:

[1] Utilisation des signes [2] Utilisation des katakanas [3] Utilisation des kanjis















l






l















kinjô keita
金城敬太
Masaoka Shiki
正岡子規
Ichinomoto Rei
一ノ本玲
[*]



[1] .. to
...to
yuki ga furu
Avec ..
Et ...
La neige tombe
[2]   
tsukutsukubôshi
tsukutsukubôshi
bakarinari
   
Tsukutsukubôshi
Tsukutsukubôshi
Ne fait que retentir
[3]    
budô kuri
momo nashi ringo
ha kirai
   
Je déteste
le RAISIN, les MARRONS, les PECHES,
les POIRES, les POMMES.


Pour le premier, l'utilisation de points sert le propos et permet de représenter visuellement la neige. D'autre part, si l'on compte le point - "ten" en japonais- le rythme 5/75 est conservé (tenten to/tententen to/yuki ga furu).

Pour le deuxième, l'utilisation des katakanas pour tous les mots et non uniquement pour les onomatopées comme c'est l'usage (tsukutsukubôshi représente le cri des cigales en japonais), renforce l'aspect mécanique, strident de ce chant pour Masaoka Shiki.

Pour le dernier, tous les fruits présentés sont des kigos d'automne. Il serait possible de les écrire en hiraganas et non en kanji, de même que "je déteste" - "kirai". L'utilisation des kanjis renforce le sentiment à propos de ces fruits.

# - Une utilisation dans le haïku francophone?


Si la langue française ne dispose pas du choix d'alterner entre kanjis et kanas, il devrait être possible d'écrire des mots en majuscules, en italiques, ou d'utiliser divers signes, afin de servir le propos de certaines compositions. Cet usage est cependant à utiliser avec modération.


[*] incertitude sur la transcription du nom. L'auteur, 15 ans alors, avait reçu un prix du jury dans la 15e édition du concours de la société Itoen (2004) pour cette composition.

MAJ/update: 11-13-17/02/2009

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Published by chris - dans Théorie haïku
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commentaires

furoshiki 17/02/2009 22:20

Ces trois haikus sont très intéressants, par leur caractère exemplaire et la démonstration est tout à fait pédagogique pour ceux qui ne sont pas familiers de la langue japonaise écrite. Il me semble que l'on gagnerait en clarté, si c'est possible, en présentant le tercet sous la forme 5-7-5, même en vertical, avec des retours à la ligne (ou des petites séparations), cela aide à se repérer et à apprécier le romaji.Le premier est un vrai plaisir pour sa fantaisie.Quant aux troisième exemple, par Ichinomoto Rei, je dirais que c'est un haiku de saison presque par excès de kigo. Et l'on ne sait ce qui est détesté, le goût des fruits, ou le fait qu'ils symbolisent, presque avec outrance, cet automne.

chris 17/02/2009 23:19


Bonsoir,

La présentation reste un débat constant. Ainsi Dominique Chipot estime qu'un haïku se devrait d'être proposé sur une seule ligne, qu'elle soit verticale ou non. C'est également la présentation
adoptée dans les éditions Verdier.

Pour des raisons pédagogiques, il est vrai que la présentation en trois vers serait préférable.

Ici le cas particulier des exemples (notamment le premier avec la neige: les points à la verticale évoquent bien plus la neige) m'ont amené à cette présentation verticale en une seule ligne.

Cependant je vais essayer de trouver une présentation un peu plus claire pour les romajis et la traduction.

La composition d'Ichinomoto Rei a reçu une appréciation similaire de la part du jury qui  a estimé très intéressant cet excès. Ce que je trouve extraordinaire, c'est son age à l'époque, 15
ans! sasuga ichimoto san!


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