Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
23 avril 2009 4 23 /04 /avril /2009 23:19
Le rythme d'un haïku

En France le vers est une unité fondamentale d'un poème: il comporte une rime et un nombre de pieds définis. La séparation avec un autre vers se fera en changeant de ligne.

Dans un haïku japonais, point de rime ni de séparation claire: la phrase se déroule verticalement en une seule ligne.

Cet apparent manque de séparation est sans doute trompeur dans l'importance que les japonais accordent au rythme d'un haïku (du rythme jaillit la musique interne), lequel provient d'un découpage en 5/7/5 syllabes ou mores (voir ici).

La séparation entre ces sections (première partie: 上五 kamigo ; partie centrale: 中七 naka shichi ; dernière partie: 下五 shimogo) se révèle par la présence d'éléments permettant d'isoler un rythme tels que les mots de césure (kirejis), les noms (meishi), les prédicats (jutsugo) ...

Un rythme stricte?

Cependant, ce rythme n'est pas intangible et certains écarts modérés au principe sont considérés comme acceptables: le jiamari et jitarazu, le kumatagari (ou hachô).

Le ji amari [じあまり 字余り (trop de caractères) et le jitarazu [じたらず字足らず] (manque de caractères) laissent la possibilité de faire varier le poème d'un more en plus ou en moins (16 ou 18). La place de ce more surnuméraire ou manquant est libre, même si l'émission de la NHK kyôiku sur le haïku déconseille son utilisation au vers central.

Le kumatagari (
句またがり) ou hachô est un décalage par rapport au rythme établi de 5/7/5 mores, cependant le nombre total de 17 mores est respecté.

Les latitudes qu'offrent ces différentes possibilités sont toutefois déconseillées au débutant, lequel - s'il n'arrive pas à atteindre le rythme adéquat - le doit sans doute plus à son inexpérience qu'à une licence poétique bien réfléchie.

Le cas français

En France, la présentation en trois vers sur 3 lignes horizontales de 5/7/5 pieds fut établie pour reproduire le rythme du haïku japonais.

Pour cette raison, le haïku est souvent annoncé comme un poème de 3 vers, alors qu'il se trouve être en fait, comme l'indique Maurice Coyaud, "un monostique (un seul vers) en trois parties (1).

Métrique ou rythme?

L'observance de la règle du 5/7/5 reste un sujet polémique et souvent débattu dans le monde du haïku francophone.

En remarque préliminaire, il apparaît que la règle japonaise est souvent perçue de façon erronée (soit le rythme est vu comme trop stricte, soit celui -ci n'a pas d'importance).

Ensuite le débat porte sur les questions suivantes:

a) un rythme est-il transposable?

Le fait que le haïku soit un monostique et que le rythme se compte en mores, une notion différente du mètre français, incite certains à estimer que la transposition est par principe dénuée de sens.

L'affirmation est cependant inexacte: la computation d'un rythme étant possible en français et japonais, le rythme est donc par principe transposable et se doit de l'être par la métrique.

b) quel rythme transposer?

5/7/5 est un rythme naturel en japonais : les auteurs affirment que celui-ci se retrouve autant dans la poésie classique que dans certaines chansons modernes ou slogans publicitaires.

La reprise du rythme 5/7/5 pour un total de 17 syllabes donne de bons résultats en français. D'ailleurs, les traduction, si elles ne respectent pas toujours le rythme énoncé, sont assez proche en nombre total de syllabes.

Cependant, certains auteurs ne sont pas toujours à l'aise avec cette répartition et se posent la question de la pertinence de l'adaptation de ce rythme à la langue française.

Plusieurs réflexions, non dénuées de légitimité, sont envisagées:

# Une longueur adaptée

La position de certains auteurs est qu'il est nécessaire de respecter l'idée général du rythme dans haïku en proposant la structure suivante "un vers court/un vers long/un vers court" avec une certaine liberté dans le nombre de pieds  (voir le blog de richard)

# la théorie de l'équilibre

Proche de la réflexion précédente, la théorie de l'équilibre se place dans un plan plus spatial: le vers central, souvent plus long, est le pivot du haïku (voir le texte d'Eric Hellal dans la lettre ploc n°6).

# la recherche d'un rythme adapté à la langue française

Certains auteurs envisagent l'idée qu'un rythme différent, adapté à la langue française, serait préférable au rythme 5/7/5 issu de la langue japonaise... au risque de s'éloigner des haïkus pour se diriger vers une nouvelle poésie? Dans tous les cas cette démarche reste intéressante (voir le blog de Marcel Peltier).

Personnellement, la conservation en française du rythme 5/7/5 (avec les latitudes permises par le jiamari/jitarazu et hachô)   m'apparaît nécessaire: la difficulté à se rapprocher du rythme pour le haïkaïste peut être due à la présence d'éléments superflus ou inadéquats. La forme du haïku aide donc à se recentrer sur l'essentiel.

La composition en japonais permet pour sa part d'échapper à cette réflexion épineuse sur le rythme et apporte ainsi plus de liberté.

Références:
- HAÏKU NYUMON de Kaneko touta (JP)  aux éditions GENTOSHA ISBN 4-344-90093-6;
Tanka, haiku, renga, le triangle magique de Maurice Coyaud aux éditions Belles Lettres.


(1) Maurice Coyaud pousse le paradoxe à présenter dans l'introduction de son livre, le haïku comme un poème en 3 vers et dans la conclusion comme un monostique...

Partager cet article

Repost 0
Published by chris - dans Théorie haïku
commenter cet article

commentaires

Heure - 時間

France - フランス
Japon - 日本