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17 mai 2009 7 17 /05 /mai /2009 00:35
Janvier 1921 - Le N°28 de la revue "La Gerbe" d'Albert Gavy Bélédin vendu 2 Francs de l'époque reprend "l'étude critique" sur le haïkaï de Jules Romains, auparavant éditée dans le journal l'Humanité.

Cet article, aujourd'hui disponible dans gallica, nous permet de redécouvrir le regard moderne de Jules Romains sur les haïkus et l'accueil qui leur est réservé dans les années 20.

  • LA TANKA ET LE HAÏ-KAÏ
Jules Romains observe alors une tentative d'acclimatation de la poésie japonaise en France: si le tanka (à cette époque prononcé "la tanka")  est aussi connu que le haïkaï, seul ce dernier bénéficie de toutes les attentions.

L'auteur y décèle le penchant irrésistible d'une culture habituée aux longs textes pour l'extrême que représente le poème court: "la concision de la tanka reste courtoise" tandis que "la concision du haï-kaï est un peu insolente".

  • L'INTERET DU HAÏ-KAÏ
Il reprend ensuite à son compte certaines considérations de René Maublanc qui souhaite "que tout homme cultivé, chez nous, s'exerce à et effort, comme au Japon, où le paysan même et l'ouvrier se piquent, comme le lettré, de savoir tourner leur haï-kaï" car le haïkaï est un genre populaire que chaque amateur est capable de pratiquer lui même.

La diffusion d'un genre populaire participe donc du développement de la culture d'une société, la multitude des "amateurs" aidant à l'apparition et à la diffusion des grandes oeuvres... Mais à la condition qu'ils se gardent d'une certaine "mégalomanie" (c'est à dire de prétentions littéraires ou artistiques), penchant constaté en littérature contemporaine.

L'académicien voit ainsi dans le haï-kaï un outil pour développer la sensibilité artistique et littéraire de l'amateur, sa brièveté permettant de modérer la "mégalomanie littéraire" qu'il regrette.

  • L'IMPORTANCE DE LA FORME FIXE... ET UNE CURIOSITE: DES RAPPORTS DE SONORITE A INVENTER
Il regrette ensuite que "les parrains du haï-kaï français" aient suivi une certaine liberté dans la transposition du haï-kaï et n'aient pas saisi l'importance de la forme fixe, dont la vertu du haïkaï est liée à "la fixité même de sa forme, à la rigueur des règles qui la déterminent."

Il note ainsi que si les introducteurs du haïkaï conservent la règle japonaise des 3 vers, ils n'assignent à chaque vers "aucune longueur déterminée" ni "aucun rapport de sonorités entre les finales des trois vers" (?).

Concernant la longueur des vers, la règle des 17 syllabes (en 5/7/5) lui semble valable. Sur les rapports de sonorités, ils lui paraissent indispensable, mais il reconnaît que la versification traditionnelle ne fournirait que peu d'aide par rapport aux moyens de la versification contemporaine.


Jules Romains nous offre le portrait d'un observateur acéré de l'acclimatation de la poésie japonaise: il comprend la tendance déjà regrettable de trop de "verlibrisme" dans la transposition du haïku en français, reconnaît l'importance de la règle dans cette forme d'expression et en estime les vertus pour l'éveil à la sensibilité artistique.

Bien plus curieux sont ces "rapports de sonorité". Voulait-il parler de rimes? L'absence de celles-ci dans le haïku l'aurait elle gêné jusqu'à l'inciter à suggérer la conception d'un système de sonorités en français?

Le kigo reste absent de ses propos. Est-il inconnu à cette époque?

A la fin de son article, l'auteur propose certains haïkus, non comme modèles, mais comme indications pour composer. Sur les 6, une seule composition (de Georges Sabiron) respecte le rythme imposé et toutes ne pourraient être réellement qualifiées de haïkus. La découverte du monde des haïkus n'en est encore qu'à ses débuts.

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A noter de passionnants articles sur l'histoire du haïku en France dans les plocs n°23 & n°24.

Maj/update 18/06/2009

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Published by chris - dans Théorie haïku
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