De quelques considérations sur le haïku à la
française:
Au détour d'une discussion sur internet concernant l'engouement populaire récent pour la
culture japonaise en France (& dans le monde), un professeur de la langue de Kawabata, en examinant la soudaine audience de ses cours, y voyait une nouvelle forme de
snobisme.
Personnellement, je ne puis stigmatiser une tendance honorable
(apprendre une autre langue et une autre culture), quelles que soient les motivations fort variées de cet apprentissage (boboisme, culture pop graphique, cool japan
design...).
Cependant cet apprentissage réalisé par des nipponophiles convaincus comporte parfois certains
comportements excessifs :
Il semble être considéré comme un "package" où l'apprentissage des mots doit se coupler
systématiquement avec l'apprentissage ou du moins la découverte de savoirs ou disciplines culturelles tel que l'art du thé, l'ikebana, le haïku, l'histoire, etc, alors même que leurs pendants
européens sont ignorés.
Ainsi, bien que l'apprenant ne s'intéresse pas à la poésie occidentale, il va se piquer d'intérêt
pour cette forme brève de poésie. De là naît un paradoxe et un risque de snobisme s'il n'est pas complété par une recherche de la nature de la poésie en Occident tout autant qu'en
Orient.
En général l'apprenant ne va pas si loin et est susceptible de se lancer dans la composition sans
même chercher à se construire de solides bases dans la métrique, élément essentiel à la maîtrise de la poésie francophone ... Cette absence de compréhension nuit certainement à l'image du haïku
à la française à l'étranger et fonde les critiques à dénier le caractère de haiku à ces formes brèves, admirables par ailleurs. En effet, peut-on parler de haïku si le mètre n'est pas respectée
(parfois par ignorance de ses règles)?
Enfin, rappelons le, si la langue japonaise est naturellement adaptée pour la composition de
haïku, cela ne signifie pas pour autant une incapacité de la langue française pour cette forme poétique.
De quelques difficultés de métrique dans le haïku à
la française:
Si l'on regarde la métrique, la composition en français apparaît plus
difficile. Il est donc nécessaire d'investir un peu de temps dans l'assimilation de ces règles.
1- De la métrique en japonais
Le japonais est une langue
que je qualifierais (de façon impropre, sans doute) de "syllabaire": chaque mot est composé de syllabes bien décomposées (Voyelle ou Consonne+Voyelle) qui se prononcent toujours (il n'existe
pas de "caractère muet"). Il n'y a donc pas à apprendre de règles à ce sujet. Si on sait lire le caractère, on peut facilement compter le nombre de pieds (ou "more") que compte un vers
(ou "ku") japonais.
Un son/caractère compte pour un more. Ensuite les points suivants sont à prendre en compte:
a) 促音(そくおん soku on):
Les mots comportant un petit "tsu"(っ) ont pour fonction de doubler une consonne (kk,ss,
ssh, tt, tch, pp). Ces "consonnes sourdes" comptent pour 2 mores.
(ex: さっか
=3)
b) 拗音(ようおん yô on):
Les diphtongues, sons composés d'un kana et d'un "petit" ya/yu/yo (ゃゅょ) sont comptées comme un seul more (kya, kyu, kyo =1).
(ex: しゅみ=2).
c) 長音(ちょうおん chô on):
Les voyelles allongées comptent également pour 2 mores.
(ex: サービス=4)
d) 撥音(はつおん hatsu on):
le son 'n (ん), la nasale, est compté comme un more.
(ex: ざんねん=4)
Quelques exemples: nihon (japon) = 3 (ni/ho/n); shashin = 3
(sha/shi/n); byouki = 3 (byo/u/ki); kekka = 3...
2- De la métrique en
français
Pour composer en français des poèmes non libres (dont le nombre de vers est imposé, à l'instar du
haïku), il faut bien saisir les règles de computation des syllabes. Ces règles sont présentées ci-dessous de façon schématique :
A- Le
principe:
Un pied sera composé en principe d'une syllabe (consonne/voyelle prononcée: un son "consonne" et
un son "voyelle" ou un son "voyelle" seul).
Par exemple: che, se, tre, e... Ainsi, le mot chat = 1; le mot souris = 2.
B- Les
exceptions:
a) En fin de vers:
En fin de vers, le "e", même prononcé, est considéré comme un e caduc et subit donc l'apocope (c'est à
dire un amenuisement ou une disparition), de fait il ne compte pas pour une syllabe.
Par exemple: étoile =2 (é/toil') et non 3 (é/toi/le).
b) Les "e caducs" (ou "e"
muets):
Ils se prononcent, sauf après (ie/ue) ou avant une autre voyelle.
Par exemple: il s'appelle aussi =5 (il/s'a/pell'/au/ssi).
c) les "semi voyelles":
Les "semi voyelles" ([j]: y : "ya", "yo"; [w]: "ouate" [ɥ] :
"huit") peuvent subir une diérèse (permet de distinguer 2 syllabes) ou synérèse (une
seule syllabe). La synérèse ou la diérèse sont un choix du poète, mais la diérèse est plus courante.
Par exemple: lion compte pour
2 en diérèse (li-on) et 1 en synérèse (lion).
d) les liaisons:
Les liaisons doivent être prononcées dans la poésie, même avec un e caduc et peuvent donc avoir un
impact sur la métrique.
Par exemple : manges-en compte pour 3 (man/je/zan).
PS: cet article fut rédigé grâce à l'appui d'un article de wikipédia sur la métrique et des
informations apportées par Ito san et K de Nagoya. Je suis preneur de toute référence de livre concernant la métrique en français.
Bibliographie: wikipédia, kanji to kana, manuel de japonais classique, haiku
nyûmon
Maj/Update: 03/06/2008
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