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21 décembre 2009 1 21 /12 /décembre /2009 12:45
Georges Bonneau (1897-?) est un orientaliste reconnu pour ses travaux sur la poésie japonaise.

Avec son ouvrage "Le problème de la poésie japonaise - technique et traduction -", il aborde le premier la question de la traduction de la poésie nippone en français.

Cet essai, écrit dans un contexte de tensions internationales prélude à la seconde guerre mondiale,   aurait été motivé par la volonté du Japon de voir ses oeuvres diffusées en langues étrangères.

L'ouvrage suscite ainsi une réflexion sur la contradiction de 2 tendances concomitantes et opposées que possède toute culture face au principe de traduction :
- d'une part, la volonté de voir diffusées ses oeuvres en langues étrangères,  ce mouvement participant de l'affirmation de la valeur de sa culture auprès de d'autres peuples;
- d'autre part, le sentiment que la singularité de sa culture rend difficile, voir impossible l'adaptation dans une autre langue de ses oeuvres, ce qui confirme la valeur issue de sa différentiation culturelle.

Ces tensions sous-jacentes apparaissent régulièrement dans l'exercice de la traduction : est-il nécessaire, souhaitable, possible de traduire et de transmettre sans trahir? L'exercice n'est-il pas vain, sans intérêt?

Un début de réponse se trouve peut-être dans la voix de Georges Bonneau en cette période troublée des années 30 : "En ces temps désespérés, tout d'intérêts, de haines, de luttes, humblement, derrière Barrès, Valéry, Claudel, et tant d'autres, l'auteur pense qu'il faut plus que jamais mettre son espoir dans l'esprit. (...)"

Ainsi, avoir la volonté de traduire, c'est rendre l'Autre familier parmi les siens, c'est aider à sa compréhension et l'humaniser; cela permet de réduire les tensions.

==========

Sans se pencher de façon systématique sur cet essai de 53 pages, nous en examinerons certains points.

I- Traduction et sens

Georges Bonneau part du constat que le haïku a été interprété sans bien le connaître ("le haïkaî a été commenté, imité: jamais sur ses sources. En français par exemple, on a écrit des "Haikai" de huit alexandrins, soit quatre-vingt-seize syllabes, quand le Haikai en compte dix-sept"), l'une des raisons tenant sans doute à la faiblesse des traductions de l'époque.

Il opère ensuite la distinction entre une traduction littérale ("traduction") et une traduction interprétative plus respectueuse ("sens") nécessitant l'analyse du symbolisme du poème ("ce sens relève des commentaires, de l'étude, de l'enquête").

Une fois le sens (sens connoté, symbolisme du poème) retrouvé après l'étude du contexte, la traduction ne relève que de la technique.

II- Les règles de traduction

Pour Georges Bonneau, le français est la langue européenne la plus adaptée à la traduction de la poésie japonaise, argument sur lequel nous ne nous attarderons pas (et qu'il faudrait sans doute étayer) afin d'en arriver directement aux règles de traduction présentées en 4 points :

1) rechercher et respecter le sens : la connaissance non seulement de la langue japonaise mais aussi de sa culture permettra d'éviter des contre-sens et erreurs de traduction.
2) respecter l'ordre des mots : "Un poème est un mouvement. Tuer ce mouvement est tuer le poème."
3) respecter le rythme : "respecter dans la traduction le nombre de syllabes de chaque vers, ou, si impossible, la proportion entre le nombre de syllabes de chaque vers."
4) ne pas négliger la transposition des procédés techniques tel que les assonances.

III- La question des kirejis

Par l'intermédiaire des poèmes de Bashô posés en exemple, l'auteur nous donne également de façon implicite sa position sur les kirejis, qu'il traduit :

# - Kana

水寒く寝入りかねたるかもめかな
mizu samuku ne-iri kanetaru kamome kana

L'eau glacée :
Qu'elle a peine à s'endormir,
La mouette !

Kana est transcrit par un point d'exclamation à la fin du dernier segment.

#-  Ya

朝顔やこれもまたわが友ならず
asagao ya kore mo mata waga tomo narazu

Ah, liseron !
Et pourtant tu n'es pas
Mon ami !

Ya est transcrit par un "Ah~"  et un point d'exclamation à la fin du premier segment.


Au final, Georges Bonneau a posé les bases techniques de la traduction de la poésie japonaise dans un tout cohérent et réfléchi. Ses successeurs se positionneront par rapport à ses réflexions (cf précédents articles: ici & ).

Notes :
~ Une ébauche de bibliographie (open library);
~ Un grand merci à Dominique pour ses sources bibliographiques.

Maj/update : 28/12/2009

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Published by chris - dans Théorie haïku
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commentaires

nekojita 14/02/2010 12:39


je viens de consulter internet. Les livre de Bonneau se trouvent mais hyper chers et celui-ci par contre est introuvable.


nekojita 14/02/2010 09:57


passionnant cette étude. Où trouve-t-on son livre?


chris 14/02/2010 12:26



Il ne semble pas exister de réédition de ces ouvrages (qui ne doivent pas intéresser énormément de lecteurs). On en trouve sur des sites de vente en ligne de vieux ouvrages (comme abebooks).

"Le problème..." est le seul ouvrage de Bonneau que j'ai pu lire grace à Dominique, mais d'autres ont l'air passionnants comme son anthologie.



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