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8 février 2009 7 08 /02 /février /2009 17:02
Un domaine méconnu du haïkaiste francophone est sans doute l'importance que peut prendre le choix des caractères dans la poésie japonaise, lesquels ont un impact certain sur le style.

# - L'écriture en japonais:

Pour rappel, le japonais est composé de kanjis (littéralement "signe des hans" - caractères issus de la Chine) et de kanas (caractères simplifiés des précédents, à "valeur syllabique"). Ces derniers sont décomposés en hiraganas et en katakanas.

Ainsi un mot tel que "le chat" pourrait être écrit:
- en kanji avec le caractère possédant la valeur sémantique du mot: 猫;
- en kana avec les caractères simplifiés possédants les valeurs "sonores" du mot (NE+KO): ねこ(hiragana)  ou ネコ(katakana).

Sans rentrer dans le détail, il est nécessaire de comprendre que la phrase du japonais écrit comporte l'ensemble de ces caractères, chacun ayant une fonction distincte  (une base verbale en kanji et une déclinaison en hiragana, l'utilisation des hiraganas pour les particules enclitiques et l'utilisation des katakanas pour les mots étrangers ou des onomatopées...).

Les phrases japonaises sont parfois également parsemées de caractères latins (exemple NG pour l'expression "No good") et de signes (points d'interrogations, d'exclamation...) importés des langues occidentales.

# - L'utilisation des caractères:

En matière  littéraire et poétique, le choix des caractères à utiliser n'est pas neutre et impacte le style en apportant une coloration supplémentaire à une phrase.

Ainsi, l'utilisation de Kanjis introduit une solennité, gravité supplémentaire à une phrase tandis que l'usage des hiraganas en adoucit le sens.

Les katakanas suscitent un effet "mécanique", une atmosphère peu banale à la phrase.

Il ne faut pas non plus oublier l'utilisation - avec parcimonie - de caractères latins ou de signes divers (./+/- etc), lesquels peuvent apporter une originalité certaine à la phrase.

Exemples tirés du haiku nyûmon:

[1] Utilisation des signes [2] Utilisation des katakanas [3] Utilisation des kanjis















l






l















kinjô keita
金城敬太
Masaoka Shiki
正岡子規
Ichinomoto Rei
一ノ本玲
[*]



[1] .. to
...to
yuki ga furu
Avec ..
Et ...
La neige tombe
[2]   
tsukutsukubôshi
tsukutsukubôshi
bakarinari
   
Tsukutsukubôshi
Tsukutsukubôshi
Ne fait que retentir
[3]    
budô kuri
momo nashi ringo
ha kirai
   
Je déteste
le RAISIN, les MARRONS, les PECHES,
les POIRES, les POMMES.


Pour le premier, l'utilisation de points sert le propos et permet de représenter visuellement la neige. D'autre part, si l'on compte le point - "ten" en japonais- le rythme 5/75 est conservé (tenten to/tententen to/yuki ga furu).

Pour le deuxième, l'utilisation des katakanas pour tous les mots et non uniquement pour les onomatopées comme c'est l'usage (tsukutsukubôshi représente le cri des cigales en japonais), renforce l'aspect mécanique, strident de ce chant pour Masaoka Shiki.

Pour le dernier, tous les fruits présentés sont des kigos d'automne. Il serait possible de les écrire en hiraganas et non en kanji, de même que "je déteste" - "kirai". L'utilisation des kanjis renforce le sentiment à propos de ces fruits.

# - Une utilisation dans le haïku francophone?


Si la langue française ne dispose pas du choix d'alterner entre kanjis et kanas, il devrait être possible d'écrire des mots en majuscules, en italiques, ou d'utiliser divers signes, afin de servir le propos de certaines compositions. Cet usage est cependant à utiliser avec modération.


[*] incertitude sur la transcription du nom. L'auteur, 15 ans alors, avait reçu un prix du jury dans la 15e édition du concours de la société Itoen (2004) pour cette composition.

MAJ/update: 11-13-17/02/2009
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20 décembre 2008 6 20 /12 /décembre /2008 14:26

1

(mukigo)

 

パリながら

黄河(こうが)を学ぶ

親子かな

 

paris nagara

kouga wo manabu

oyako kana


Bien qu'à Paris,

Apprenant le fleuve jaune

Un père et son fils

(14/11/2008)

*****

2

 

初雪が

捕まる猫

の影かな

 

hatsuyuki ga

tsukamaru neko

no kage kana


  La première neige

Attrapée par l'ombre

Du chat

(23/11/2008)

*****

3


自分の

蚤を待ちたり

冬の猫


jibun no

nomi wo machi tari

fuyu no neko


Attendant

ses propres puces -

Le chat d'hiver

(9/12/08)

*****

4

寒月や
妻のタバコを
買いに行く

kangetsu ya
tsuma no tabako wo
kai ni iku

Sous la lune froide
Je sors pour lui acheter
ses cigarettes
(dimanche 14/12/2008)
*****
5a

寒空や

エクスプレソと

待ち合わせ


samuzora ya
ekusupureso to
machiawase

Temps froid !
Un rendez vous avec
Un expresso

5b

寒空や

待ち合わせカフェ

の暖色

 

samuzora ya

machiawase kafe

no danshoku


Temps froid !

Les couleurs chaudes du café

De rendez-vous


(28/12/2008)
*****
6

雪踏みや
もう消されない
我の跡

yuki fumi ya
mou kesarenai
ware no seki

Fouler la neige!
Elles ne disparaissent plus
Mes traces
(05/01/2009)
*****
7


初カレー
クンクンと嗅ぐ
ねこのはな

hatsukarê
kunkuntokagu
neko no hana

Premier curry
Snif snif - Il renifle l'air
Le nez du chat
(fin janvier 2009)

*****
8

方時雨
軽く触れ合う
パリのかさ

katashigure
karuku fureau
pari no kasa
(22/01/2009)

xxxx
S'effleurant légèrement
Des parapluies de Paris

9a

雪嵐
県庁前で
待っており

yuki arashi
kenchô mae de
matte ori

Tempête de neige
Devant la préfecture
On attend

9b

雪嵐
いつ県庁に
入れるか

yuki arashi
itsu kenchô ni
haireru ka

Tempête de neige
quand pourra-t-on rentrer
dans la préfecture

9c

雪嵐
滞在許可書
もらえるか

yuki arashi
taizaikyokasho
moraeru ka

Tempête de neige
Pourra-t-on recevoir
La carte de séjour
(02/02/2009 Matin)

*****
10

朝雪を

しらんふりして

パリの人

 

asa yuki wo

shiran furi shite

paris no hito

 

La neige du matin -

Faisant semblant de l’ignorer

Les parisiens

 

(02/02/2009)

 

*****


X
(Souvenirs d'Afrique - アフリカの記憶)


我の夏
アフリカの方に
伸ばしけり

ware no natsu
afurika no hou ni
nobashikeri

 

Mon été

Vers l'Afrique

S'étend




 

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5 décembre 2008 5 05 /12 /décembre /2008 23:56
Je suis heureux de vous annoncer la parution de l'anthologie de haïkus sur l'enfance, "la rumeur du coffre à jouets" aux éditions l'Iroli dans laquelle une de mes compositions se trouve présente à l'issue d'un concours.

Le livre est au format de poche, la photo de la couverture est évocatrice et la présentation vraiment superbe.  L'éditeur a pris le parti de constituer ce recueil avec des compositions d'auteurs modernes et d'auteurs classiques, ce qui apporte un dynamisme certain.

Pour ce concours sur le thème de l'enfance, j'avais présenté les compositions suivantes :

1
父の日に
砂の城を
覚えけり
A la fête des pères
Je me souviens
D'un château de sable

2
[Dans la rumeur du coffre à jouets]

3
Enfance en hiver -
Sur mon bol de chocolat
Il souffle et sourit

4
Et pourtant tout près
Des étoiles repartir
Il est l'heure, à table!

5
Sur mon vélo rouge -
Semant le fruit de l'érable
Tracer une route

6
Du pâté aux prunes
De la grand mère me reste
Un noyau en main

Je remercie Daniel Fattore, qui m'a informé de l'existence de ce concours et Yonette, qui m'a permis de me rappeler de certains souvenirs.

Références:
ISBN 978-2-916616-09-4.

Un article de Nekojita sur cet ouvrage.
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17 novembre 2008 1 17 /11 /novembre /2008 14:00
La composition en japonais dans un cadre français est une démarche qui entretient un certain rapport avec la nécessité de traduire ses oeuvres et la portée de celles-ci une fois traduites. La difficulté de cette posture rend sans doute plus facilement sensible à la perte de sens dans les moments de passages à vide. Retourner à la source de son plaisir permet peut-être de se remotiver.

I- Du rapport  avec la traduction de ses propres oeuvres

Au delà des raisons de la composition en langue étrangère, déjà évoquées auparavant [ici], se pose le problème du public.

En effet, toute forme de créativité passe par:
-  une envie de concevoir (écrire);
- une volonté de transmettre, communiquer (se faire lire);
- se concrétisant par un média (le support du livre);
- nécessitant un  investissement en société important (soumissions d'oeuvres pour se faire éditer, rapports avec éditeurs, entretien des lecteurs...).


Dans une certaine mesure, l'apparition d'internet a permis de rendre accessible le média à tous et de susciter des écrits qui sans cela seraient restés à l'état d'inconscient. Cette démarche ici présente participe de cela.

Cependant, une difficulté subsiste dans le cas de la composition en langue étrangère (le japonais) dans un cadre local (la France): trouver ses lecteurs devient plus difficile sans l'entremise de la traduction. Sans envisager une composition dans un blog purement japonais, la traduction permet donc de créer un lien entre la France (lieu de lecture) et le Japon (lieu de création).

Il reste à s'interroger sur la portée de la traduction d'une oeuvre poétique: dénaturée ou non?

II- Sur la portée de la traduction dans la poésie en générale:

Les partisans de la "musicalité interne absolue" d'un texte pensent qu'elle est indissociable de la langue et réfutent toute traduction possible. Cependant, cette position est une démarche élitiste.

La traduction d'un poème est similaire à l'adaptation sur scène d'une pièce de théâtre: elle ne disqualifie pas l'oeuvre écrite, mais au contraire lui donne la possibilité de s'exprimer sous une autre forme, de se représenter, tout en en respectant l'esprit. D'autre part cette démarche permet de rendre accessible au plus grand nombre une oeuvre, ce qui me paraît essentiel dans le haïku et conforme à son ouverture d'esprit.

Cependant, pour pouvoir faire office de passeur, il s'agit d'apporter une attention particulière à la traduction: en cela, ainsi que l'indique Monique Coudert dans la revue Ploc (n°5), il apparaît important que le traducteur ai également une âme de poète.


III- Sources de motivation: aux origines de ses haïkus:


Retourner aux sources de son émerveillement est sans doute un moyen de trouver de nouveau du sens et une motivation dans la composition.

Ainsi, quels seraient les haïkus essentiels pour vous? Voici les miens:

# - Issa - première rencontre

Bien qu'étudiant le japonais depuis quelques temps, la poésie japonaise n'allait pas de soi pour moi jusqu'à la découverte en 2000 d'un poème d'Issa dans une traduction de Joan Titus Carmel:

露の世は
露の世ながら
さりながら

tsuyu no yo ha
tsuyu no yo nagara
sarinagara

Ce monde de rosé
est un monde de rosé
pourtant et pourtant

La fragilité et la beauté. Le haïku porte en lui une résonance particulière (un yoin?) qui parle encore longtemps au coeur même la lecture achevée.


#- Mabuson Seigan - première lecture japonaise

Découvert par le blog de Paul ailleurs, Mabuson seigan est l'unique français haijin au Japon: cela nous encourage à composer dans cette langue. J'aime son livre sur Issa dans lequel il glisse certaines de ses compositions:

花 の影
今年もわれは
異国人

hana no kage
kotoshi mo warewa
ikoku-jin

L'ombre des fleurs
je suis encore un étranger
cette année

Le sentiment de l'exil, de l'étranger, difficilement définissable se trouve exprimé en peu de mots. C'est admirable.

#- Mayuzumi Madoka - des thèmes novateurs

Découverte il y a peu, Mayuzumi est mon dernier coup de coeur en matière de haïkus:

風が好き
ひな菊が好き
アナタが好き

kaze ga suki
hinagiku ga suki
anata ga suki

J'aime le vent,
J'aime les pâquerettes,
Je t'aime plus que tout

Parler d'amour avec le haïku.

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9 octobre 2008 4 09 /10 /octobre /2008 13:20
Madoka Mayuzumi (黛まどか) est une poétesse contemporaine, auteur de plusieurs recueils dont "la face B de l'été" (B men no natsu - B面の夏), publié la première fois en septembre 1994.

L'auteur:

Née en 1962 [1] à la préfecture de Kanagawa, elle a développé un intérêt pour le haïku à l'occasion de recherches sur un haijin "sukita hisajo" (1890-1946) pour son travail de journaliste. Aujourd'hui elle animerait un groupe de composition de haïkus réservé aux femmes "Tokyo [Audrey] Hepburn". [voir aussi ici]

Présence en France et reportage:

Elle est venue présenter l'art du haïku à la maison de la culture du japon à Paris le 21/03/2008 (voir ici, chez chichinpuipui). A l'occasion de son voyage, la NHK a diffusé un reportage à son sujet.

Le style de "la face B de l'été":

Madoka Mayuzumi conserve une certaine forme de classicisme dans son parti pris esthétique (utilisation d'anciennes formes grammaticales et d'anciens caractères kana), mais elle y introduit de nombreux termes modernes (en katakana) tel que "mac donald".

Cet ouvrage serait né d'un amour passionnel et interdit selon la postface: obligée d'intérioriser ses sentiments en société, elle aurait exprimé ceux-ci par le biais des haïkus, du début de son idile à sa fin. L'amour est donc le sujet central de cet intéressant recueil de haïkus , thème peu usité chez les auteurs classiques.

L'intérêt de l'oeuvre:

Madoka Mayuzumi nous montre qu'il est possible de parler de thèmes modernes tel que l'amour tout en respectant les règles formelles du genre (rythme et kigo, par exemple). En ce sens, son oeuvre est unique, exceptionnelle. D'autre part, l'humanité et la touche féminine qu'elle insère dans ses compositions reste très agréable.


Quelques compositions:

旅終へてよりB面の夏休
(たびおへてよりBめんのなつやすみ - tabi ohete yori B men no natsu yasumi)
Après la fin du voyage
La face B
des vacances d'été



ふらここや恋を忘るるための恋
(ふらここやこいをわするるためのこい - furakokoya koi wo wasururu tame no koi)
Sur la balançoire!
L'amour pour oublier
Un amour



風が好きひな菊が好きアナタが好き
(かぜがすきひなぎくがすきあなたがすき - kaze ga suki hinagiku ga suki anata ga suki)
J'aime le vent,
J'aime les pâquerettes,
Je t'aime plus que tout





Traduction de certaines de ses oeuvres en français dans les ouvrages suivants:

- le poème court japonais d'aujourd'hui paru aux éditions gallimard [voir le site de chichinpuipui];
- Du rouge aux lèvres, une anthologie de haïkus aux éditions la table ronde;
- un numéro spécial de ploc consacré à Madoka Mayuzumi.

Références:

B面の夏 (B men no natsu) aux éditions 角川文庫 (kadokawa bunko) 560 Yens - ISBN4-04-340801-3

Site personnel de l'auteur:

http://madoka575.co.jp


[1] diverses sources mentionnent soit 1965 (le bunko de B men no natsu, son profil sur le site nikkansport), soit 1962 (wikipédia et son site personnel). Son site est sans doute plus fiable.

Maj/Update: 15/11/2008

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5 juillet 2008 6 05 /07 /juillet /2008 20:55

1

切り薔薇は

道路の端に

一つ哉

Une fleur coupée

Sur le bord de la route

Si seule!

(10/06/2008)

*****

2

父の日に

砂の城を

覚えけり

A la fête des pères

Je me souviens

D'un château de sable

(17/06/2008)

***** 

3

炎天下

茶の一滴が

光りけり
 

Sous le soleil brulant

Une goutte de thé vert

Illumine

( Juin 2008)

*****

4

 

飛ぶ猫は

家の案山子に

昼寝起き

 

Un chat sautant

Sur l’épouvantail de la maison -

Réveil de sieste

(24/07/2008)

*****

 

5a

恋猫は

獣医の道に

黙りけり

 

Les amours du chat

Sur le chemin du véto

se sont tus

(05/08/2008)

5b

(ji amari - 字余り)

獣医の戸に

もうもどれない

猫の恋

 

A la porte du véto

Les amours du chat

Ne reviendront plus

  (05/08/2008)

 

*****

 

6

宿無しの

テントが消えた

夏おしむ

Les tentes

Sans abris ont disparu

La fin de l'été

(27/08/2008)


*****

7

欄干に

つかまる女性

に蜘蛛の巣

(23-25/08/2008)

Etoile d'araignée
Sur l'épaule d'une jeune femme
Se rattrapant à la rampe

*****

8

 秋寒や

プレロチ匂う

サンポール

 Fraîcheur d’automne

L’odeur du poulet roti

A Saint-Paul

(17/09/2008)

*****

9

 

紅葉も

歩道に踏むんだ

衆生(しゅじょう)哉

Les feuilles d’érable aussi

Sont foulées dans la rue

Par le genre humain

(7-8/10/08)

*****

10

  十月や

一瞬悩み

をわすれぬ

Octobre -

J'ai oublié un bref instant

Mes soucis

(fin 10/2008)

 

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30 juin 2008 1 30 /06 /juin /2008 21:30
De l'incertitude et manque de confiance en soi dans la composition en japonais:

Le vrai problème de la composition en japonais en France reste le doute qui taraude de ne pas être intelligible et/ou de s'être trompé dans la composition: les sources que l'on possède sont principalement du domaine livresque (en français et en japonais). Il manque donc souvant un avis japonophone éclairé (dans ces cas là, un sempai serait bien utile...).

Heureusement, certains lecteurs japonophones - que je remercie -  me font part de leur opinion.

Par exemple, un visiteur du blog m'indique qu'un vers ne contient pas assez de lettres (jitarazu). Le vers comporte en fait un sokuon (petit tsu) qui selon un manuel de haikus en japonais double le compte de more. En comptant le sokuon, on atteint le compte demandé. Alors, existe-t-il une polémique sur la méthode de computation?

C'est au final l'incertitude qui guide la composition poétique en langue étrangère...

Des conseils dans la composition des haïkus:

Ces derniers temps plusieurs lecteurs m'ont demandé des conseils dans la composition de haïkus. Il est ainsi malaisé pour moi d'y répondre dans ces conditions d'incertitude.

D'une part, je ne dispose pas de légitimité pour donner des conseils (haîkaiste "officiel" édité, place en tant que professeur, etc...) et suis moi même encore en recherche du sens des haikus.

D'autre part, les conseils issus de mes réflexions pourraient orienter la composition de ces auteurs dans une direction qui ne leur correspondrait pas.

Ainsi, tout au plus pourrais-je donner des pistes de suggestions de réflexions. A l'auteur de trouver ensuite son chemin.

Des écoles et de sa place dans celles-ci:

En remarque liminaire, le haïku m'apparaît comme divisé en "2 écoles", 2 visions:

 - Une première "école classique" où le respect des règles traditionnelles du haïku est essentielle (respect du rythme 5/7/5, avec parfois quelques écarts). Dans cette école, le haïku de saison (présence d'un kigo) reste prépondérant, sans que le haïku de situation ai disparu.

- Une deuxième "école moderne", proche d'un poème court classique, sans règles prononçées (rythme très variable mais respectant une structure vers court/vers long/vers court). La division en haïku de situation ou de saison n'est pas essentielle, car la saison devient un thème comme les autres - même si elle risque de transformer le haïku en une "chose" champètre.

On peut considérer que la seconde soit issue de la première et que la compréhension du premier versant soit important pour en saisir l'esprit avant de s'essayer au deuxième.

Il semble [*] qu'au Japon l'école "classique" soit la plus représentée alors qu'en occident (France), la deuxième soit la plus importante. Les apprentis haikaistes, par une information pas toujours disponible, ne distinguent pas les deux versants et s'essayent au deuxième avec le risque de composer un poème court (sans doute excellent), mais éloigné du haïku.

Selon le positionnement que pourrait adopter l'auteur, les suggestions de composition seraient certainement différentes. Cet éléments est donc à avoir à l'esprit.

De quelques suggestions sur le haïku:

Ceci étant dit, voici quelques propositions afin d'envisager le haïku:

1- oublier ce que l'on a entendu

Beaucoup de rumeurs existent sur le haiku, des définitions plus ou moins abracadabrantes, etc... Il faut essayer de désapprendre ces "on-dit" (la métrique, le poème zen, champêtre...) et ensuite aller aux sources.

2-  les sources: privilégier les auteurs classiques en langue originale ou les bons traducteurs.

il est important pour l'apprenti haïkaiste de connaître les auteurs japonais originels pour se faire une idée de ce qu'est réellement le haïku. Les traductions constituant un filtre déformant, il s'agira de lire ces oeuvres en japonais si l'on a des notions (livres JP ou livres FR présentant les 2 versions, comme les éditions verdier ou le triangle magique de ...) ou sélectionner quelques traducteurs éprouvés (ma préférence va aux ouvrages de maurice coyaud et joan titus carmel).

3- examiner les livres "how to"

Derrière leur aspect utilitaire un peu froid pour certains (pour lesquels la composition poétique ne se résume pas à quelques règles de fabrique), ils sont en fait une source de réflexion très importante sur le haiku et ses ressorts, bien plus qu'une thèse littéraire sur la composition peut-être...

  • Petit manuel pour écrire des haïku de Philippe Costa - Ed. Piquier – ISBN : 87730-508-2
  • HAÏKU NYUMON de Kaneko touta (JP) - Ed. GENTOSHA - ISBN 4-344-90093-6

Si vous avez des références à ce sujet ou d'autres façons d'envisager la composition, n'hésitez pas....

série I: ci et .

Série II: par là.

Série III: là-bas.

Et quelques grammes de senryu: là-bas.


* Cela serait encore à vérifier.
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Published by chris - dans Théorie haïku
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28 juin 2008 6 28 /06 /juin /2008 16:07
Je suis heureux de vous annoncer la publication d'un article ( De l'intérêt du kigo dans un haïku) de votre serviteur sur 575 - la revue de haïku francophone en ligne (volume 2 n°2).

Je remercie neko qui m'a fait découvrir cette revue, a suggéré la soumission d'un article et corrigé le premier jet.
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Published by chris - dans Poésie - 詩
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13 juin 2008 5 13 /06 /juin /2008 21:30

L'importance de l'écrit:


Comme Jacqueline Pigeot l'indique [1], la poésie japonaise se situe entre écriture (caractère) et vocalité (rythme et contenu): si la musicalité des poèmes est mise en avant, leur composition est influencée par la Chine - civilisation de l'écrit - d'où ils proviennent.


Ainsi, l'unité de mesure se dit ji [じ 字] ou moji [もじ文字], "signe d'écriture".


De plus, les compositions comportant un surplus ou un manque de mores déterminés (cad 5/7/5) sont appelés jiamari [じあまり 字余り] (trop de caractères) ou jitarazu [じたらず字足らず] (manque de caractères).


Enfin, la calligraphie est considérée à l'époque du waka comme une interprétation du poème:  honnit soit le poète mauvais calligraphe (tel fujiwara no nobutsune, dans les notes de chevet de Sei Shônagon, qui - ne pouvant répondre à un poème avec une belle écriture - s'enfuit de honte - p17 de [1]).


La présentation verticale en une seule ligne:

A l'époque moderne, l'importance de l'écrit ne semble pas avoir disparu en ce qui concerne la présentation du poème:  il est ainsi conseillé à l'apprenti haijin d'écrire ses compositions [en japonais] sur une seule ligne verticale [2].

Cette présentation a la vertu de permettre de vérifier la "fluidité" d'une composition censée pouvoir se dérouler d'une seule traite.

Dans une telle présentation, se pose alors la question des moyens pour repérer le rythme (de 5/7/5) dans la phrase (rappelons qu'en japonais, il n'existe pas d'espaces entre les mots, que le point et la virgule sont des concepts récents, totalement absents de la rédaction d'un haïku).

En fait, la présence de certains mots (kireji, noms communs, particules enclitiques ...) permet de révéler ce rythme, la coupure se faisant  avant ou après.


Exemple célèbre:

古池や蛙飛こむ水のをと

furu ike ya kowazu tobikomu mizu no oto

Ici le kireji "ya" permet de déterminer le premier vers (furu ike ya). Le deuxième et le troisème vers sont également  révélés par la présence de deux propositions: "kowazu tobikomu" et "mizu no oto".


Une application au français:

Une application au français (en une seule ligne horizontale) est-elle possible? A vous de répondre. Cela permettrait au moins de tester comme en japonais la fluidité du poème...

Ainsi la traduction de l'exemple donné en une seule ligne:

Vénérable étang ! Les rainettes plongent, Ô le bruit de l’eau [3]

 

[1] Questions de poétique japonaise de Jacqueline Pigeot - PUF - collection : orientales - ISBN : 2130479227

[2] haïku nyumon de Kaneko touta (JP) - Ed= gentosha ISBN 4-344-90093-6

[3] Traduction L Mabesoone


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16 mai 2008 5 16 /05 /mai /2008 18:06
Le kigo, ou référence  saisonnière, est un élément nécessaire à la composition d'un haïku de saison.  Ces références saisonnières sont ordonnées dans des recueils appelés saijikis.

Leur classification obéit à des règles particulières: hors le cas où ce mot serait clairement isolable dans une saison donnée, sa répartition se fait, comme l'indique Ryu Yotsuya , selon un filtre révélateur de la saison (saison de son apparition, où il apparaît le plus beau, où on en prend conscience le plus facilement).

En précisant que toute référence saisonnière ne constitue pas un kigo en tant que tel, il devient alors essentiel de savoir pourquoi certaines d'entre-elles bénéficient de reconnaissance en tant que kigo et d'autres non? Comment ce passage se fait-il? Le nombre de kigos est-il figés ou évolue-t-il?

S'il est difficile de répondre à ces questions, il est possible de remarquer qu'une référence saisonnière reconnue, sera introduite dans un saijiki, marquant matériellement sa consécration.

L'analyse d'un saijiki japonais [1] est riche en enseignements sur son évolution possible.

Ainsi, saviez vous qu'au titre de kigo d'été japonais se trouve... la fête du 14 juillet française?

La fête nationale, journée de commémoration de la prise de la Bastille en 1789, symbôlise la fin de la monarchie absolue. Son utilisation en tant que référence saisonnière explicite de l'été apparaît naturelle en France, mais au Japon?

La présence de ce kigo particulier au Japon remonterait en fait à la sortie dans l'archipel du film "
Quatorze Juillet" de René Clair (sorti en salle probablement après 1933), dont la traduction du titre en "Pari sai" [2] (littéralement "fête de Paris") aurait marqué les haijin.

Cela montre donc que les saijiki évoluent quelque peu et empruntent des idées nouvelles à l'étranger, que toute nouvelle référence saisonnière est potentiellement un kigo en devenir.

Quelques exemples personnels:

パリ祭に

窓から星が

流れけり

Au quatorze juillet

De la fenêtre les étoiles

Filent-

パリさいや

暗夜(あんや)でたばこ

光りけり

Quatorze juillet !

Dans la nuit noire la cigarette

Illumine



[1] Kadokawa Daisaijiki
[2] 巴里祭 ou パリ祭(パリさい – pari sai

Maj/Update: 22/05/2008


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Published by chris - dans Théorie haïku
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