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24 mars 2008 1 24 /03 /mars /2008 00:30

1

小夜時雨

朧世界の

水たまり

Brève averse du soir -

Ce monde brouillé

Dans une flaque d'eau

(fin janvier 2008)

*****

2

上弦の

月が映った

ニャン子の目

Premier quartier -

Le reflet de la lune

Dans l'oeil du chat

(11/02/2008)

*****

3

V1:

肩凝りを

解す妻の手

新茶の香

 

Les mains de ma femme

Massant mes épaules endolories

Odeur de thé nouveau

(25/02/2008)

 V2 :

(tentative avec yoin 余韻)

肩凝りに

妻の手と混ぜ

新茶の香

 

Sur mes épaules endolories

Se mélant aux mains de ma femme

L'odeur de thé nouveau

(3/04/2008)

*****

 

4

恋猫や

流れるジャズに

寛いだ

 Les amours du chat

Apaisés par le jazz

Qui passe

(fin mars 2008)

 

Version de Junjun:

恋猫や

流れるジャズに

落ち着けり

 

***** 

5

猫道に

そっと触

鳥曇り

A peine effleuré

Sur le chemin du chat –

Nuage d’oiseaux

(Mi Avril)

*****  

6

 

あり Variation - Variation sur les Fourmis

(11/05/2008)

6a

日曜の

働き蟻は

頑張れる

Les fourmis ouvrières

du dimanche

travaillent dur

 

6b

日曜の

蟻を対する

恥ずかしさ

La honte

De faire face aux fourmis

Le dimanche


6c

日焼けして

蟻の天国

大根かな

Brûlé par le soleil

Le daikon,

Paradis des fourmis

 

6d

日焼して

大根の道に

蟻んこだ

Brûlées par le soleil

Les "petites fourmis" sur le chemin

Du daikon


6e

日焼して

大根祭りに

蟻んこだ

Brûlées par le soleil

Les "petites fourmis" à la fête

Du daikon


6f

日焼して

大根の上に

蟻並び/蟻の列

Brûlées par le soleil

Les fourmis en file

Sur le daikon

 


Notes:

 大根 = Daikon = gros radis blanc japonais. La lecture utilisée ici (daiko au lieu de daikon) est rare, mais présente dans les haïkus (Exemple d'un haïku d'Issa utilisant cette lecture : 大根引き大根で道を教へけり(小林一茶).

 蟻んこ = arinko = fourmis. La forme du mot est enfantine (comme wanko, nyanko, etc...). Elle est rendue par l'ajout du terme "petites".

Le 6e penche plutôt du côté du senryu. Et au 6f, je n'ai pu me décider pour le dernier vers. Qu'en pensez vous?

***** 
7

夏雨や

UAのリズムで

パリ歩き

 

Pluie d’été !

Sur le rythme de UA

Marche dans Paris

(14/05/2008)

*****  

8

涼しさで

地下のパラソル

は待ちをり

Dans la fraîcheur

Le parasol du sous sol

Attend

(16-19/05/2008)

*****

 

9

夕焼けて

カーテンに猫

の影かな

Le ciel s’embrase,

Aux rideaux la forme

D’un chat

 (23-25/05/2008)

  *****

10

V1

(caractère en trop - jiamari)


風邪ひいて

葉桜の如く

ゆれる哉


Enrhumé,

Comme les feuilles des cerisiers

Je tremble


V2

(dans le rythme - 5/7/5)


風邪ひいて

青葉の如く

ゆれる哉


Enrhumé,

Comme les feuilles vertes

Je tremble

*****

 

X

木枯しや

パリ牧神も

凍えたる

Vent froid d'hiver

Même les faunes parisiens

Se gèlent

(27/11/2007)

 

ぼくしん牧神=faune

例えば:牧神の午後 (Mallarmé_l'après midi d'un faune)






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20 mars 2008 4 20 /03 /mars /2008 22:15

La  fin de l'année dernière a vu s'achever une  deuxième série de haiku en japonais: cela deviendra-t-il un choix esthétique automatisme pour un moment?

Ce choix d'écrire en langue étrangère n'est jamais neutre et implique des motivations particulières... Ces motivations sont intégrées, pour partie, dans la réflexion sur la composition en général et le style que l'auteur cherche à développer.

Ici, le questionnement de la langue s'opère en glissement: pourquoi composer en japonais? Pourquoi avoir appris le japonais et qu'apporte-t-il?

  • Le questionnement de la langue (motivations et apport):

Les motivations d'apprentissage d'une langue restent toujours diverses et chacun en profite à sa manière.

Personnellement, je ne peux nier un certain affectif.

D'autre part, bien qu'il possède assez peu cette image là, le japonais est une belle langue, riche et musicale (elle possède un rythme agréable, et l'absence de r prononcés en adoucit le son). Si l'apprenant n'est pas convaincu de chanter sa langue, sa motivation ne durera pas longtemps.

C'est aussi une langue de la suggestion, de l'interaction et du contexte: en peu de mots, il est possible de suggérer plusieurs sens, cette richesse prenant une certaine profondeur au regard des interactions sociales (une différence de ton permet par exemple de signifier pour anata vous, tu ou un équivalent de chéri); le contexte permettant de sélection un sens plutôt q'un autre.

Elle enseigne la possibilité de signifier le plus en disant le moins: elle apprend l'économie de pensée, la soustraction en quelque sorte.

  • La composition en japonais:

La composition en japonais amène à contrario à se demander pourquoi ne pas écrire en français.

L'utilisation du français peut apparaître insatisfaisante, frustrante, pour la composition de haïku: celle-ci est traversée de paradigmes parfois contradictoire ou, déformés de l'origine, en tout cas soumis à une vision française "retravaillée" du Japon.

Pour comprendre, le japonais s'impose donc avant de retourner au français.

  • La difficulté de l'exercice:

La composition dans une langue étrangère reste pourtant un exercice périlleux, voir limité.

[1] Un exercice périlleux:

Les sens connotés des mots, les images qu'il véhiculent peuvent vous échapper, malgré tout l'effort qui pourrait être appliqué à la forme du poème. Ainsi, un poème "correct" du point de vue de la langue ne suscitera pas forcement les mêmes images au Japon ou en France.

Exemple d'une composition:

rainichi ya
machi no nakigoe
karasu kana

Cette inspiration m'était venue lors d'un voyage au Japon pour les fêtes de nouvel an. Composé le 29/12, il tient cependant plus du haïku d'hiver que du nouvel an.

En mettant de côté la surabondance de kireji (ya et kana), regardons son thème: heureux d'être de retour au Japon, de nombreuses sensations oubliées me revenaient en mémoire, comme les corbeaux omniprésents. Alors que nous attendions devant une gare, leurs voix s'entendaient sans que l'on puisse voir un seul oiseau. Il y avait un certain bonheur à retrouver cette sensation, ces voix des corbeaux qui habitent la ville japonaise. Je trouve également admirable les oiseaux qui s'adaptent à la vie urbaine malgré le comportement de l'homme: il y a un élément dynamique, un élan vital certain. Il m'est même arrivé de voir des familles japonaises ayant adopté un corbeau. Cette familiarité, proximité avec le corbeau (également présente dans les légendes avec le karasu tengu) semblait militer pour un aspect positif du corbeau. D'où ce poème.

Grâce à la gentillesse de Paul, j'ai pu recevoir l'appréciation d'une de ses lectrices japonaises sur cette composition: futatabi serait préférable à rainichi, trop descriptif, explicatif. Ensuite, il y aurait quelque chose de mauvaise augure, malchanceux qui se dégage de ce poème. Le corbeau serait-il finalement un symbole négatif aussi au Japon? En tout cas il suscitait une impression opposée.

[2] et parfois limité:

La composition en japonais comporte également des limites engendrant parfois des frustrations: le haïku est à la poésie, ce que le court métrage est au cinéma, un moment bref pendant lequel on raconte une histoire. Une inspiration vient, il faut la traduire en mots: le problème tient à la limite de sa connaissance de la langue. Elle nécessite des renvois constants vers son dictionnaire à la recherche de mots, de vocabulaire, ce qui fait que dans son lexique on se perd: quelle histoire déjà voulait-on raconter?

  • Quelques points nécessaires pour cette composition:

Une attention particulière portée par le haijin en herbe  aux points suivants lui permettra de progresser:

[1] La maîtrise du kigo:

La composition d'un haïku de saison impose la présence d'un kigo.

Cette règle du kigo est souvent vue comme une contrainte du point de vue français: la nécessité de mettre un terme sur la nature ou la saison est une perturbation qui ampute une partie du poème d'un espace précieux et rajoute un aspect champêtre non prévu au thème souhaité.

Cependant, le kigo n'est pas une contrainte mais (a) une béquille, aide précieuse, (b) un mot qui rajoute un niveau de lecture supplémentaire et (c) dont la portée ne dénature pas le poème.

[a] A l'opposée d'une contrainte, l'insertion d'un kigo permet de compléter son poème court. Parfois viennent à l'esprit deux vers sur les trois: puiser un kigo dans la catégorie appropriée (*1) permet d'achever son poème et de le raccrocher à la saison. En sens inverse, la lecture d'un saijiki peut apporter des idées pour une composition.

[b] Le kigo amène avec lui un ensemble de références apportées par la tradition et permet d'éviter d'être explicite: par exemple, tel phénomène naturel qui existe à tout moment de l'année est le plus beau à cette saison. Son utilisation apportera une dimension supplémentaire au simple sens dénoté du mot.

Ainsi, la lune est classée, selon Ryu Yotsuya, comme un kigo d'automne, la saison où elle est la plus belle. La raison est qu'en automne l'air est sec et clair. Ce kigo enrichit donc le poème qui l'utilise d'une dimension supplémentaire (le ciel clair et sec d'automne).

Les références implicites sont également d'un autre ordre: elles créent un lien avec les compositions des poètes précédents utilisant les mêmes images. (*2)

[c] On ne le répétera jamais assez, mais la présence d'un mot de saison dans un haiku ne signifie pas qu'il soit un genre poétique champêtre. Le kigo n'est qu'un média par lequel le poète fait passer ses émotions et le raccroche au monde (il n'y a pas séparation entre le monde spirituel et naturel dans la poésie japonaise). La liberté existe dans le choix de ce mot.


[2] La maitrise du vocabulaire:


Une fois l'inspiration venue, une des grandes difficultés pour composer un haiku reste la maîtrise de son rythme (5/7/5) et l'apprenti a souvant quelques caractères en trop ou en moins pour en faire un compte exact.

Un vocabulaire élargi lui permet de trouver un terme similaire moins gourmand en more comme en composition française. Il peut également contourner cette difficulté par une bonne connaissance des lectures des kanjis, caractères sino japonais (selon les lectures le nombre de mores sera plus ou moins important).

Exemple: les amours du chat = neko no koi  (5) =  koi neko (4), les longues journées = hinaga (3)  = nagakihi (4)

[3] Et pour l'utilisation des kireji et du bungo?


A notre époque, l'utilisation du bungo ("japonais ancien") n'est pas une obligation pour composer un haïku et demeure une latitude que conserve chaque auteur. Quelques connaissances en bungo restent cependant nécessaires pour comprendre les textes japonais des auteurs classiques (issa, bashô, etc...).

Quand aux kireji, leur utilisation n'est pas systématique: il est cependant intéressant de tenter des compositions avec et sans. L'enseignement que l'on y retire est sans doute le rapport du haïku avec la pause, le ma. Cet apprentissage est aussi utile pour la composition en français.

Compositions en Japonais:

série I: ici et .

Série II: par là.

Et quelques grammes de senryu: là-bas.

(*1) rappel: les kigo sont divisés en saisons puis catégories (voir ici).
(*2) voir le livre de Jacqueline Pigeot relatif à des questions de poétique japonaise sur "l'imaginaire collectif (tradition/code) (p39)

Maj/Update: 28/03/2008;02/11/2008
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Published by chris - dans Théorie haïku
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10 février 2008 7 10 /02 /février /2008 21:05
Si le zen est étroitement associé au Japon dans l'imagerie populaire,  son sens est très souvent dévoyé.

Ce fantasme populaire en a fait une marque de fabrique qui semble imprégner l'air là bas et tout comportement japonais susceptible de produire une esthétique ou éthique épurée.

Cependant, une production ou un process épuré n'est pas à confondre avec le zen.

Il convient donc de se détacher du "réflexe" d'accoler ce qualificatif de zen à tout ce qui vient du Japon et de regarder de façon détachée si le haîku et le zen entretiennent une relation particulière.


Mais qu'est ce que le zen?

Selon l'ami Robert - le petit -, le zen est une secte bouddhique du Japon (venue de Chine au XIIIe siècle) dont la méditation est un élément central pour parvenir à l'illumination.

Introduit au Japon par l'intermédiaire de la Corée, le zen aurait influencé certains arts et techniques vers une esthétique simple et dépouillée.

Le degré de l'influence de ce courant sur la société reste sans doute à mesurer.

Cependant, si le zen a autant prospéré en terre japonaise, n'est-ce pas justement parce que le Japon était un pays frugal, pauvre en ressource, expliquant par là une prédilection pour une esthétique de la simplicité?

Une comparaison entre le design  des pays scandinaves et japonais, tous aux ressources limitées, donne d'étonnants points communs à ce sujet.

Cependant une esthétique de la simplicité et de l'épure ne fait pas le zen, celui-ci reste avant tout une secte bouddhiste parmi d'autres.


Alors, les haiku sont ils zen?

Cette question peut se prendre selon plusieurs aspects:

1) Le haïku serait issu du zen ou influencé par lui

Sur ce premier point, il semble possible de répondre par la négative:

le waka/tanka est un genre de poésie courte (de 5 vers de  5-7-5  & 7-7) apparu au 7e siècle. Son premier tercet de 5-7-5 acquérra progressivement son indépendance pour donner naissance au haïku.

Il n'est donc pas possible de faire remonter le haiku à une origine "zen" : cette "simplification" progressive d'un genre déjà court est antérieure à l'introduction du zen au Japon (XIIIe siècle).

En général, la forme courte en poésie et tous les principes qui en découlent, rendus nécessaires par sa brièveté (recherche de la simplicité, évocation plutôt que démonstration, etc...), ne peuvent également être référencées comme "zen".

Le haïku constitue une continuité (autant dans la forme que du fond) du tanka/waka. Il paraît alors difficile à imaginer une certaine influence zen sur lui.

2) le haïku aurait une portée zen

Sur cet aspect, il faudrait envisager l'intention des auteurs et la présence de "zen" dans les thèmes du haïku.

2a) certains auteurs écrivent intentionnellement  avec une portée "zen"

- La majorité des auteurs classiques ne sont pas reconnus pour avoir vécus une vie religieuse ou portée sur la religion: seuls Chiyoni (qui devint bonzesse à 51 ans, mais de l'école de la terre pure - jodo shinshu -) ou ryokan (vrai bonze zen), santoka (idem) et basho me viennent à l'esprit. Ces haijin seraient les plus susceptibles d' influer une thématique zen ou au moins bouddhiste dans leur oeuvre. Mais cela ne me semble pas le cas pour celles qui ont été portées à ma connaissance.

- D'autres auteurs auraient ils maniés le zen? Je ne crois pas, mais cela mériterait une recherche approfondie.

Ainsi, il est à noter qu'Issa n'aurait eu que peu de respect pour l'église bouddhiste (selon Jean Chollet - dans le livre de Costa).

2b) les thèmes envisagés ont une portée zen, voir bouddhiste:

Si l'on s'intéresse uniquement aux thèmes, peut-on déceler une portée, une intention "zen", voir bouddhiste?

Là encore, les thèmes restent variés et il semble difficile d'isoler une tendance dans les différents types de haiku: haiku de situation (thème libre), de saison (présence d'un kigo) ou senryu ("genre humoristique"):

Ainsi, le haïku est un poème court descriptif, visuel, ou intimiste et émotionnel. Il parle de la vie quotidienne (petits bonheurs ou tracas) et peut évoquer - parfois - l'amour. Sa version humoristique est grivoise, impertinente et satyrique.

On est là, bien loin du zen dans ces thèmes qui n'ont pas de double sens ou de sens spirituel caché.

3) le haiku serait utilisé en tant qu'instrument du zen (dans ses rites ou cérémonies)

Je n'ai jamais lu nulle part que le haiku était utilisé dans des rites ou cérémonies bouddhistes zen.

En fait, le haîku ne serait-il pas confondu avec le kôan? Celui-ci est une courte phrase ou brève anecdote, absurde ou paradoxale utilisée comme un objet de méditation afin d'atteindre l'éveil. Le kôan ne peut se confondre avec un haïku: il n'a pas de forme imposée et comporte une intention, celle de faire réfléchir.

Exemple célèbre de kôan:  quel est le bruit d'une seule main qui applaudit?


Devra-t-on en arriver un jour à "réhabiliter" Philippe Costa?

Parfois accusé à tord de tirer à vue sur les relations entre le zen et le haïku, ses propos visent essentiellement à remettre en cause 2 fausses idées sur le haïku afin de permettre à l'apprenti haikaiste de se libérer de la crainte de composer:

1/ le haïku serait un poème spirituel inspiré par le zen ou en étroite relation avec lui
et, son corollaire:
2/ il comporterait un sens caché, un double sens.

S'il ne rentre pas dans le détail d'une réflexion pour démonter ces arguments, il cite notamment des commentaires de shiki (qui remet en cause l'idée de sens caché), Etiemble et René Sieffert (qui rejètent l'idée d'un haïku "spirituel") ainsi que Nakamura Ryoji et René de Ceccatty  (pour lesquels le haiku n'est pas un aphorisme zen dans "mille ans de littérature japonaise") qui rejettent ces idées.

Petite bibliographie non exhaustive utilisée pour cet article:
- Petit manuel pour écrire des haïku, de Philippe Costa aux éditions Philippe Picquier;
- Questions de poétique Japonaise, de Jacqueline Pigeot aux PUF - collection: orientales.

Maj/Update: 11/02/2008
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Published by chris - dans Théorie haïku
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27 janvier 2008 7 27 /01 /janvier /2008 07:54
Avertissement : A l'occasion du voyage du nouvel an, voici une incursion timide (et sans aucun doute une des seules) dans le genre du "journal intime", si présent dans les blogs. Le lecteur y trouvera certainement peu d'intérêt pour le manque de faits saillants.

28 & 29

Départ le 28 pour arriver le 29: Il suffit de peu pour que la magie du décalage horaire opère (la longueur des distances et plusieurs fuseaux horaires différents).

La durée de vol est standard:2 h de Paris à Vienne et 11h de Vienne à Tokyo.

Le changement à Vienne est très rapide, l'aéroport facile à traverser. Une fois rentré dans l'avion pour Tokyo, la sensation du voyage peu enfin commencer. Commander une bière et savourer. Serait-ce l'altitude qui provoque cet état aérien?
Les stewards et hôtesses de l'air sont agréables et à l'écoute des passagers.  La vrai bonne surprise de ce vol est la nourriture à bord : j'ai rarement aussi bien mangé sur un avion [1] (les repas sont semble-t-il préparés par une société "DO&CO" indiqué sur le carton du menu que nous recevons - en classe éco).

A noter sur ce vol vers le Japon, la sacrosainte présence des chicken mini ramen cup qui font le plaisir de Neige et des autres passagers à bord.

Le point faible de l'avion est sans doute le service "entertainement" à bord (en tout cas meilleur que sur aéroflot, mais...) pour le nombre de films et de jeux utilisables. Cependant cet aspect apparaît moins rédhibitoire de nos jours en voyant le nombre de personnes possédant une console portable: Ceux qui veulent jouer pour meubler le temps en emportent une.

Arrivé à Tokyo-Narita: première photo et prise d'empreintes à la suite d'un voyage. Cette prise se fait en 2 mn par l'intermédiaire d'un appareil. Opération apparemment indolore, mais...

Depuis une réforme législative, tous les étrangers doivent se faire ficher quand ils entrent sur le territoire, même les résidents permanents. La mesure est prise dans la mouvance des lois anti terroristes mondiales et vise officiellement à lutter contre le terrorisme et, accessoirement, contre "la hausse de la criminalité étrangère". Pour Lionel Dersot, fin observateur de la société japonaise, elle a peut-être également pour objet de rassurer la population nippone qui aura de plus en plus à faire face à l'immigration dans le futur. Dans tous les cas, la mesure passe mal auprès des résidents permanents étrangers.

Ce monde de rosée
Si vite évaporé
empreintes à tokyo

Première fois que je passe la douane avec ma femme... Et que l'on ne fouille pas ma valise.

Nous ne resterons que  10 jours,  départ et retour inclus, avant de rentrer le 7 au France: C'est vraiment trop peu pour récupérer de la fatigue du transport et profiter du pays en ces périodes de fêtes (où beaucoup d'enseignes sont fermés). A cela s'ajoutera un rhume lancinant certainement aggravé par le temps et la mauvaise isolation des maisons japonaises. Finalement, ce voyage sera consacré en grande partie à des courses (produits manquant à Neige en France),  la belle famille et les  2 amies de Neige.

*****
30

Ce jour sera consacré au repos, à la reprise de contact avec le Japon et à une visite à Muji.

Un mot sur la maison et son environnement: c'est une habitation relativement ancienne (au moins une 20 aine d'années) en bois avec des pièces à la japonaise et un sol en tatami. Le vrai tatami est difficile à trouver en France (les marchands de meubles japonisants sont à proscrire): peu de gens connaissent donc le plaisir de marcher dessus -même pieds nus - et la sensualité qu'il y a à y poser la main. J'aime ce tatami : de retour, il faut s'allonger dessus et laisser ses pensées vagabonder... Dehors, tiens!

Face à la maison se trouve une rizière échappant à la description: il faudrait sans doute inventer un vocabulaire pour parler de la poétique des rizières.

Ainsi, elles changent d'état et de couleur avec les saisons (terrain plutôt pelé en hiver, nuances du vert liées à la croissance du riz, inondation des champs...).

La vie n'y est pas absente: l'été il est fréquent d'y entendre les grenouilles croasser jusqu'à l'arrivée d'un véhicule ou d'un passant. Bien qu'elles aient été parfois responsables d'insomnies, ces petites bêtes me restent sympathiques.

Tandis qu'elle dort pendant l'hiver, cette rizière bénéficie sans doute de la protection du petit temple voisin d'Inari sama, le kami renard, son protecteur.

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Le soir, nous sommes invités dans une petite Izakaya où se rend souvent le père de Neige: "Shizuko". Shizuko est également le nom de la patronne, la" mama" de cet établissement, une femme truculente à la répartie amusante. Elle exécute un ballet entre les convives afin de leurs apporter leurs commandes et leurs glisse au passage quelques traits d'humour. Pendant ce temps, le "master", chef du lieu, prépare les commandes.

*****
31 & 1 à 3

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Les jours où les magasins ferment et les japonais s'arrêtent pour la majorité de travailler. Phénomène assez rare au Japon qui donne l'impression étrange que le temps s'arrête. Il est coutume d'aller passer les fêtes de fin d'année chez les grands parents (ou parents). Rien de particulier n'est censée se produire à ce moment, à part la visite au jinja (temple shinto) pour le début de l'année (hatsumode). C'est un surtout un moment destiné au repos où des plats particuliers sont préparés (nanakusa, oseji, zouni, toshikoshi soba...) et où les gens prennent le temps de se reposer.

Pour nous, c'est un temps lénifiant, mais il n'est pas dit que ce soit du temps perdu: il est parfois nécessaire de reprendre sa respiration. On prend place devant le kotatsu dans la seule pièce chauffée en permanence pour regarder la TV japonaise débiter ses programmes spéciaux de divertissements pour la nouvelle année ou discuter. C'est selon.

Sur le poele, la bouilloire destinée à humidifier l'air, apporte son sifflement en fond sonore.

Pendant cette période, un nombre incroyable de publicités pour les pachinko sera diffusé. La raison de cette abondance est peut-être liée à ce particulier moment de l'année: le nouvel an est la seule période où les gens ont en abondance de l'argent (bonus de fin d'année) et du temps.

*****
4

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Nous profitons de la matinée pour aller au superbe musée Takehisa Yumeji (qui est-il?)et rencontrons ensuite N, l'amie de Neige.

Tokyo (ou du moins ses quartiers connus) est, pour le français de passage, une ville trépidante où il est difficile de trouver des lieux de calme propice au repos. Toute personne recherchant un peu de tranquillité pourra donc se tourner vers un des nombreux musés de la capitale nippone... Des musés à Tokyo? En effet, si peu de gens associent cette ville avec la présence de musées, elle comporte pourtant de nombreux établissements dont celui du peintre Takehisa. N'étant pas pris d'assauts par le public, ces endroits sont des alternatives sérieuses à qui veut respirer un moment.

Le RV avec N se fait devant le zoo d'Ueno, pris d'assaut par les vacanciers, avant d'aller vers ameyayokocho. L'observation des enfants mettra à jour un paradoxe: au pays du jeu vidéo roi, on peut encore observer des gamins s'amuser avec des toupies (eh oui, on en trouve encore là bas - je n'en ai quasiment jamais vu en France). 

*****
5

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Courses à Muji et Tokyu hands. Ensuite rencontre avec H, amie de Neige. à Omotesando hills. un nouveau quartier que je ne connaissais pas mais qui ressemble furieusement à roppongi hills (et un autre ...). Le Japon semble construire en ce moment de nouveaux lieux commerçants sur des profils identiques - tours de commerces et bureaux - en ayant rasé les habitations quand elles existaient: ne reste alors plus que la fonction marchande. Ce processus irait-il au delà de la gentrification? En tout cas, sentiment de vide...

*****
6

Dernier jour: préparer le retour (provisions) et se reposer de ce rhume lancinant.

*****
7

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Jour de retour: nous regrettons déjà le Japon. Départ par une partie de l'aéroport (terminal 1) que je n'ai pas l'habitude de fréquenter. Nous avons la chance de trouver un resto de takoyaki (gindako: JP EN) dans cette partie du terminal. Petit bonheur avant de rentrer.

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******
FIN

[1] points de comparaison : Swiss, SAS, aéroflot, lufthansa, ANA, JAL.
MaJ/Update: 01/02/2008
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Published by chris - dans Japon - 日本
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28 décembre 2007 5 28 /12 /décembre /2007 10:30

A l'heure actuelle, je m'apprête de nouveau à partir pour le Japon via l'Autriche.

 

La "magie" du blog internet est de pouvoir écrire à l'avance ses notes et les sortir en pilotage automatique. Je serais donc dans l'avion au moment où ces lignes apparaîtront.

Dans mon sac se trouvent toujours une revue sur le cinéma et un livre acheté pour l'occasion quelques jours auparavant: Il est des habitudes qui naissent et créer des rites personnels signifiants pour soi-même.

 

Plus que l'utilité pour le voyage - il n'est pas dit que soit trouvé le temps pour une lecture pendant cette brève halte au pays du soleil levant - il s'agit avant tout de marquer le Départ.

 

Ainsi, j'emporte "Pèlerin du Désert" de Théodore Monod: ce livre avait été trouvé dans une librairie d'occasion après l'achat des billets d'avions pour le Japon. Il semblait porteur de sens de ne l'ouvrir que lors d'un départ.

 

Pourquoi ce livre? Je pense en avoir entendu parler chez Paul ailleurs dans son hamac: Théodore Monod serait de cet esprit nomade, riche de réflexion en ces temps où le repli sur soi apparaît si séduisant chez certains ...

 

A l'arrivée, je prendrais au distributeur une bouteille en plastique de thé vert amer sans sucre. Comme toujours. Il est des habitudes...

 
 

@ bientôt

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Published by chris - dans général
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9 décembre 2007 7 09 /12 /décembre /2007 19:02

La publication du recueil au fil de l'eau par l'éclectique maison d'édition les "mille et une nuit" est l'occasion de découvrir les premiers haïku composés en français.

Vers l'année 1900, quelques amis - Paul-Louis Couchoud, André Faure et Albert Poncin - se réunissent pour écouter le récit de l'un d'eux, Paul-Louis, qui revient d'un voyage autour du monde grâce à une bourse. Nous sommes à l'époque en plein Japonisme. Fascinés par le pays du Soleil Levant et sensibilisés par sa poésie, les 3 amis décident en 1903 de faire un voyage d'excursion dans une péniche sur les canaux français durant lequel ils composeront les premiers haïku de langue française.

Une brochure de trente pages est ensuite publiée. Bien qu'imprimée à trente exemplaires et non commercialisée elle aura un certain succès et connaîtra plusieurs rééditions.

 

Penchons nous sur les oeuvres qui composent ce recueil:

Les poèmes sont tous composés de trois vers, leur longueur est très diverse (nombre de pieds total inférieure/supérieure à 17) et la répartition des pieds dans chaque vers également. Ils ne contiennent pas tous de kigo, même implicites, et certains thèmes apparaissent bien familiers ou usités dans le haïku (tel que l'amour).

Ainsi, si ce sont d'admirables poèmes courts, je ne suis pas certain qu'ils puissent être tous qualifiés de haïku.

Le recueil dévoile en filigrane une histoire intéressante, celle de jeunes camarades ayant décidé de prendre le large pour se forger le caractère. Cela fait penser à une certaine littérature du 19e et du début du vingtième.

A noter en fin d'ouvrage, une fiche technique "faites vos haïku vous même" assez incongrue (à oublier) et une bibliographie conséquente.

Une influence sur la vision du haïku en France?

Il est intéressant d'observer que dès le départ, les premiers haïku à la française écartent des éléments touchant à la forme (nombre et répartition des pieds, présence de kigo) et au fond (thèmes suscités par les kigo ou peu présents)... Ce recueil a-t-il eu un impact sur la vision francophone du haïku? Ce qui est certain est cette similitude de perception avec l'époque moderne, qui permettra d'occulter toute réflexion sur la forme, au nom d'une "licence poétique".


Au fil de l'eau, j'ai apprécié notamment:

 

Les ombres s'allongent.

Les champs de seigles mûrs

Se mettent à flamber.

 

Dans le soir brûlant

Nous cherchons une auberge

Ô ces capucines!

 

Références:

Au fil de l'eau - les premiers haïku français - édition établie par Eric Dussert.

Editions : "Mille et une nuits"; N°440; ISBN 2-842-05799-6

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22 novembre 2007 4 22 /11 /novembre /2007 17:32
Le Curry, ou cari,  est le nom occidental, utilisé par les anciens colons britanniques pour désigner un mélange d'épices servant à préparer les plats en sauce dans l'Inde. Il serait issu du mot tamoul "kari" pour "plat mijoté", "ragoût" [1].

Ainsi le mot curry, peu utilisé en Inde, reste du domaine du fantasme, de l'illusoire par rapport à la réalité.

La composition de ce mélange est à géométrie variable: on y trouve souvent le curcumain, le gingembre, le poivre, le cumin, le piment, le clou de girofle, la cardamone, le tamarin, le fenugrec, la coriande...

D'autres y ajoutent de l'ail, de l'oignon, de la cannelle, du fenouil, du cubèbe, du sel ou de la moutarde.

Et une pincée d'ecétéra..
Curry Japonais
Curry-and-rice-photo-wikipedia-par-lusheeta.jpg
Photo Wikipédia

Bien souvent, le curry reste uniquement associé à l'Inde dans l'esprit populaire: sait-on seulement qu'il a dépassé ces frontières pour aller jusqu'au Japon même?

Intéressons nous au curry japonais: il aurait été introduit au pays du Soleil Levant par la marine japonaise (selon le magazine franco-japonais OVNI).  La version nippone est constituée d'un plat en sauce curry, accompagné de riz (de type "japonica") et se nomme curry rice ou care raisu. La sauce est compacte, brune (alors que le curry indien semble bien plus clair, ocre) et comporte des carottes, oignons et morceaux de pommes de terre. Elle s'accompagne de tsukemono ("pickles" japonais) - beni shouga (gingembre mariné, de coloration rouge) assez souvent, des rakyou parfois (oignons ou échalotes marinés), mais pas au restaurant parisien.

Le curry au Japon est tout un poème: chaque famille a sans doute sa variation de la recette - quand elle n'achète pas une base pour sauce ("leu") déjà préparée et en vente libre à chaque coffee shop combini.

Le curry, s'il est bien préparé reste un plat économique: une nourriture bonne et roborative qui pourra être resservie plusieurs fois, en faisant régulièrement mijoter le reste pour éviter qu'il ne se gatte. Une fois accoutumé, il devient difficile de se lasser: chaque plat est différent et se bonifie à chaque nouveau service.

On a de la sympathie, voir du respect pour ce curry.

Base pour curry
Base-pour-curry-japonais.JPGMarque Golden Curry, en vente en épicerie Japonaise

Ici aussi, le curry rice est celui des mois difficiles (mais pas seulement). Il mijote tendrement dans la cocotte SEB  et tient toujours bien au coeur et au corps quand le salaire est attendu avec impatience.

De la dominante indienne avec une touche de shoyu au style japonais brun comme un bulldog en sauce, de la version avec morceaux de poulet qui s’amenuise avec l’avancée du mois (et l'attente de la paie)… A la présence de boeuf toujours discutée, disputée même… Le Curry japonais en France - à Paris - à la maison, reste d'une grande variété.

Que dire de la rareté des rakyo ou tsukemono, parfois ramenés comme des trésors de Kyoko, vilaine tentatrice dévoreuse des paniers percés… Il ne reste plus qu’à faire avec les moyens du bord, et puis, hein, Maille c’est pas plus mal…

カレーという言葉はインド語で存在していないと言われています:昔イギリス人がタムル語から(carriカリ)作られていた言葉です。シチューの意味があるらしいです。

レシピのバージョンが多いです:大体curcumain、しょうが、胡椒、クミンン、唐辛子、クローブ、カルダモン、タマリンド、フェヌグリーク、コリアンダーがあります。でもにんにく、玉ねぎ、シナモン、フェンネル、cubèbe (Piper cubeba)、塩、マスタード、も加えることが出来ます。

一般フランス人には日本のかレがあるのは知らなくて確かに教えたら、不思議な考えかもしれません(インドしかないと思う)。

OVNIの新聞によると、19生起に日本のマリンの人は外国でカレーを発見してレシピをもって帰りました。そのあと、日本の味にアレンジーしました。

でもとても美味しい日本のカレー食べられます:奥さんは出来たカレーを使わずにSEBの鍋で手作ります。

漬物をカレーに加えますが、フランスでは簡単に手に入りません:時々日本食屋さんで高くても少し買って、宝物のように持って帰ります。外のとき奥さんは心をこめて自分で手作ります。でも"cornichons maille"を使う時もあります。



[1] sources  étymologie: wikipédia

MAJ/Update: 25/11/2007; 24/07/2008
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26 octobre 2007 5 26 /10 /octobre /2007 14:00
Satirique ou grivois, dénigrement moqueur du pouvoir, et un soupçon d'impertinence, ainsi est le senryu, "petit frêre" du haïku. Quelques tentatives...


I- Compositions en français
-
フランス語の川柳

 

I

lové entre ses bras

soupçon d'enfance

Et la blancheur des mochi

(sept 07)

 

II

Ni jacuzzi, ni champagne

Mais elles jaillissent pourtant bien

ces bulles!
(été 2006)

 

III

A la faveur des vents

Dans mon bain elles se perdent!

Bruits de P...

(oct. 2007)

IV

Train train quotidien

sans soutien madame

se culbute bien fort
(hiv. 2006)

V

Et nez en moins

De flair ne manque pas d'air

Mon cher ami gogol

(Avril 2008)

VI

(Pub Ryan Air)

L'europe de Ryan

A portée de clic

Des bourgeois de Beauvais

(Mai 2008)

VII.1

Jour d'anniversaire!

Vite avant la fermeture

Des choux d'Aoki

VII.2

Rappel de naissance:

Chez Sadaharu Aoki

Toujours dans les choux

(11/09/2008)


II- Compositions en Japonais - 日本語の川柳

I

ちの

ジャクジーバスは

おならかな

 

Le bain -Jacuzzi
D'ma piaule:
quelques pets!
(oct. 2007)

II

 はつもでの大勢

ふりして

秋のスト

Une foule

Semblant aller au temple au nouvel an

Grève d’automne

(20/11/2007)

III

 

我の国は

クロワッサンの

裏かな

 

A l'envers

Du croissant se trouve

Mon pays

(Mars 2008)

IV

 

行く春や

カルピスはもう

飲もうかな

 

Le printemps s'en va -

Déjà le temps de boire

du Calpis!

(Mi Avril 2008)

V

ヌテッラ嘗める

我を妻に

見られぬ

Je léchais du Nutella

Quand par ma femme

J'étais regardé

(Mi juillet 08)

   

PS: I) II & III présenté sur le japon.org PS II.II: n'a pas fonctionné auprès de lecteurs japonais.

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22 octobre 2007 1 22 /10 /octobre /2007 22:00

définition:

Le kireji (切れ字) est un mot de coupure, césure (littéralement coupure [切れ] dans l'écriture/les caractères[]) très présent dans le haïku. Il permet ainsi d'introduire une pause, une respiration dans le texte, appelée "ma" en japonais. Il peut aussi être utilisé pour
faire un compte juste avec la métrique.

Dans l'espace limité que constitue cette forme d'expression, la respiration qu'induit le kireji apporte une "coloration" unique au haïku: elle introduit un "temps long dans un court métrage".

Ainsi, ces kireji qui ont une certaine importance dans le haïku, ne semblent pas toujours bien passer dans la traduction. Leur sens est souvent ambivalent et impose au traducteur un choix.

Je me demande si cela n'aurait pas pour conséquence de contribuer à une certaine déformation dans la compréhension du haïku : l'haïkaiste en herbe qui cherchera à en apprendre les base, sans connaître le japonais, se tournera exclusivement vers les traductions (certaines étant plus heureuses que d'autres). Or ces versions ne rendent pas complètement le sens des kireji...

Selon les auteurs, les kireji mentionnés varient (même s'ils n'ont apparemment pas dressé de liste exhaustive):
- kana, ya, keri (dans l'article de Ryokan du blog de Nekojita);
- ya, zo (pour Maurice Coyaud [1]. Il semble traiter kana à part);
- kana, ya, keri pour les kireji "simples" et wori, tari, nari pour des kireji "complexes" (pour Kaneko Tôta [5]).

a) particule YA()

La valeur  de cette particule se situe à la limite du doute, de l'interrogation, souvent avec une nuance émotive.

On trouve généralement cette particule en fin de premier vers.

Exemple 1, tiré d'un waka mais applicable au haïku:

"asagiri ni nurenishi koromo hosazu shite
hitori ya kimi ga yama-dji koyuran"

Sans mettre à sécher votre vêtement mouillé par le brouillard du matin
franchissez vous seul la montagne"

Dans ce waka du man yô shû, Jacqueline Pigeot en traduit la valeur interrogative [2]


Exemple 2:
Furuikeya/kawazu tobikomu/mizu no oto
古池や蛙飛こむ水のをと(“Vénérable étang ! Les rainettes plongent, Ô le bruit de l’eau…” [3].

Ce poème de Bashou est sans doute le haïku le plus connu. Sous son apparente trivialité il a fait l'objet de plusieurs traductions. La version de Mabesoone insiste sur cette nuance émotive avec un point d'exclamation.


b) particule ZO (ぞ)

Particule de renforcement pour Jacqueline Pigeot. Elle ne semble pas différent du japonais moderne pour son utilisation. Il est plus rare de trouver cette particule que ya

Exemple:

小言いふ

相手は壁ぞ

秋の暮れ

kogoto iu

aite wa kabe zo

aki no kure
Lorsque je rouspète

C'est au mur que je m'adresse

Crépuscule d'automne [4]

c) auxiliaire -keri (~けり)

 

"keri", mot du japonais ancien, est un auxiliaire qui se suffixe à une base (adjectif, verbe...).

Etant sans doute le plus difficile à cerner, nous ne rentrerons pas dans les détails de sa conjugaison, et admettrons pour simplifier les choses qu'il se trouve dans un haïku sous la forme suivante:

[base (masu kei pour les verbes, i kei pour les adj i, etc...) ] + keri

ex: samukeri; sumikeri

Selon Jacqueline Pigeot [2], keri possède deux valeurs principales:

1- la découverte subite d'une réalité existante, qui était déjà là dans le passé, mais dont on prend soudain conscience. Une nuance émotive (eitan) s'y attache. [valeur la plus fréquente en poésie].

En exemple, invoquons un poème de Ryokan trouvé sur le site de nekojita:

世の中は

さくらの花に

なりけり

yo no naka wa

sakura no hana

ni nari keri

Tout autour de nous

Le monde n’est plus que

Fleurs de cerisier


2- le passé (kakou).

[...]

Keri semble plus fréquent dans les haïku en dernier vers (et parfois en 2e).

d) KANA [
かな(哉)]: un kireji?

On trouve kana en fin de vers, c'est une "particule finale" (shûjoshi) qui s'ajoute à un substantif (ou à la forme rentaikei d'un mot variable: voir livre sur bungo).
Cette particule est composée de ka (particule marquant l'interrogation) et de na (particule marquant l'exclamation).

En japonais moderne, "kana" signifie une demande introspective: "je me demande si...". Par exemple oishii kana:  "je me demande si c'est bon"/"est-ce que c'est bon".

En japonais classique, Jacqueline Pigeot, lui donne une valeur exclamative (eitan) rendue par "!" ou "ah!" dans la traduction de waka de l'époque de Heian (du 8e au 12e siècle). Elle lui substituerait en japonais moderne la particule "yo".

De fait, les traducteurs de haïku semblent soit  "ignorer" le plus souvent cette particule, soit adjoindre au vers un point d'exclamation ou un mot tel que ah! oh! Il me semble que ces hésitations pourraient provenir du double sens que possède kana: question introspective et exclamation.

Un exemple, parmi d'autre:


さく花の

中にうごめく

衆生かな

saku hana no

naka ni ugomeku

shojoukana

Fleurs de cerisier-

Autour d'elles se traîne

le genre humain! [4]


MAJ/update: 25/10/2007; 29/05/2008

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(1) Maurice Coyaud [Tanka, haiku, renga - le triangle magique aux Ed. les Belles Lettres]
(2) jaqueline Pigeot [
Manuel de japonais classique : Intiation au bungo]
(3) Traduction Laurent Mabesoone (site de la HIA: http://www.haiku-hia.com/pdf/issa_f.pdf)
(4) Traduction de Joan Titus-Carmel
(5) Haiku nyûmon
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Published by Christian - dans Théorie haïku
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16 octobre 2007 2 16 /10 /octobre /2007 13:39

1

この世の中

地獄の方に

メトロ哉

 Dans ce monde

Menant vers l’enfer

Le métro, peut-être

 

*****

 
2

 猫にとって

案山子に良く似る

上着かな

Pour mon chat
Ressemblant à un épouvantail
Mon manteau peut-être

 

*****

3

Hanabi Variation

この窓に

我らの花火

こだま哉

Notre feu d'artifice
  à cette fenêtre:
L'écho

この壁に

花火のこだま

消える哉

Sur ce mur
l'écho du feu d'artifice
qui s'efface

星までや

花火のこだま

聴ける哉

L'écho des feux d'artifices

s'entend-il

jusqu'aux étoiles

*****

4A

どら猫や

突然逃げて

夏あら

Chat errant
S'enfuyant soudain
Orage en été

 

4B

稲妻や

猫の目にある

世の姿

 

L’éclair !

Dans l’œil du chat

L’ombre du monde

***** 
5

 猪口奥に

透けている世の

朧月

  Au fond de ma coupe
Lune Brouillée
De ce monde transparent

*****
6

蛾の影は

急に飛び込む

夜さむ哉

 
S'envolant soudain

L'ombre d'un papillon de nuit

Frisson dans la nuit

 *****

7

飛行機と

競争したる

秋の蝿

faisant la course

Avec un avion

Une mouche d'automne

(16/10/2007)

8

玄関も

赤く色づく

紅葉かな

Même le pas de la porte

Se colore du rouge

Des feuilles (d'automne)

(semaine 12/11/07)

***** 

9

 込むメトロ

苦しみの手で

しっかり立つ

 
Métro bondé -

Avec ses mains douloureuses

Tenir bon

(fin 11/2007)

 10 A

 空からの

はるさめ見える

飾りもの

Descendant du ciel

Les décorations de Noël

Ressemblent à des vermicelles

(semaine du  10/12/2007)

  10 B

  足跡や

サンタの到着

早過ぎる

 Ah ces traces !

La venue du Père Noël

Est trop précoce

(semaine du  10/12/2007)

 

 



Série commencée le 25/06/2007
 
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Published by Christian - dans Haïku - 俳句 (JP)
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