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8 février 2009 7 08 /02 /février /2009 17:02
Un domaine méconnu du haïkaiste francophone est sans doute l'importance que peut prendre le choix des caractères dans la poésie japonaise, lesquels ont un impact certain sur le style.

# - L'écriture en japonais:

Pour rappel, le japonais est composé de kanjis (littéralement "signe des hans" - caractères issus de la Chine) et de kanas (caractères simplifiés des précédents, à "valeur syllabique"). Ces derniers sont décomposés en hiraganas et en katakanas.

Ainsi un mot tel que "le chat" pourrait être écrit:
- en kanji avec le caractère possédant la valeur sémantique du mot: 猫;
- en kana avec les caractères simplifiés possédants les valeurs "sonores" du mot (NE+KO): ねこ(hiragana)  ou ネコ(katakana).

Sans rentrer dans le détail, il est nécessaire de comprendre que la phrase du japonais écrit comporte l'ensemble de ces caractères, chacun ayant une fonction distincte  (une base verbale en kanji et une déclinaison en hiragana, l'utilisation des hiraganas pour les particules enclitiques et l'utilisation des katakanas pour les mots étrangers ou des onomatopées...).

Les phrases japonaises sont parfois également parsemées de caractères latins (exemple NG pour l'expression "No good") et de signes (points d'interrogations, d'exclamation...) importés des langues occidentales.

# - L'utilisation des caractères:

En matière  littéraire et poétique, le choix des caractères à utiliser n'est pas neutre et impacte le style en apportant une coloration supplémentaire à une phrase.

Ainsi, l'utilisation de Kanjis introduit une solennité, gravité supplémentaire à une phrase tandis que l'usage des hiraganas en adoucit le sens.

Les katakanas suscitent un effet "mécanique", une atmosphère peu banale à la phrase.

Il ne faut pas non plus oublier l'utilisation - avec parcimonie - de caractères latins ou de signes divers (./+/- etc), lesquels peuvent apporter une originalité certaine à la phrase.

Exemples tirés du haiku nyûmon:

[1] Utilisation des signes [2] Utilisation des katakanas [3] Utilisation des kanjis















l






l















kinjô keita
金城敬太
Masaoka Shiki
正岡子規
Ichinomoto Rei
一ノ本玲
[*]



[1] .. to
...to
yuki ga furu
Avec ..
Et ...
La neige tombe
[2]   
tsukutsukubôshi
tsukutsukubôshi
bakarinari
   
Tsukutsukubôshi
Tsukutsukubôshi
Ne fait que retentir
[3]    
budô kuri
momo nashi ringo
ha kirai
   
Je déteste
le RAISIN, les MARRONS, les PECHES,
les POIRES, les POMMES.


Pour le premier, l'utilisation de points sert le propos et permet de représenter visuellement la neige. D'autre part, si l'on compte le point - "ten" en japonais- le rythme 5/75 est conservé (tenten to/tententen to/yuki ga furu).

Pour le deuxième, l'utilisation des katakanas pour tous les mots et non uniquement pour les onomatopées comme c'est l'usage (tsukutsukubôshi représente le cri des cigales en japonais), renforce l'aspect mécanique, strident de ce chant pour Masaoka Shiki.

Pour le dernier, tous les fruits présentés sont des kigos d'automne. Il serait possible de les écrire en hiraganas et non en kanji, de même que "je déteste" - "kirai". L'utilisation des kanjis renforce le sentiment à propos de ces fruits.

# - Une utilisation dans le haïku francophone?


Si la langue française ne dispose pas du choix d'alterner entre kanjis et kanas, il devrait être possible d'écrire des mots en majuscules, en italiques, ou d'utiliser divers signes, afin de servir le propos de certaines compositions. Cet usage est cependant à utiliser avec modération.


[*] incertitude sur la transcription du nom. L'auteur, 15 ans alors, avait reçu un prix du jury dans la 15e édition du concours de la société Itoen (2004) pour cette composition.

MAJ/update: 11-13-17/02/2009
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Published by chris - dans Théorie haïku
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17 novembre 2008 1 17 /11 /novembre /2008 14:00
La composition en japonais dans un cadre français est une démarche qui entretient un certain rapport avec la nécessité de traduire ses oeuvres et la portée de celles-ci une fois traduites. La difficulté de cette posture rend sans doute plus facilement sensible à la perte de sens dans les moments de passages à vide. Retourner à la source de son plaisir permet peut-être de se remotiver.

I- Du rapport  avec la traduction de ses propres oeuvres

Au delà des raisons de la composition en langue étrangère, déjà évoquées auparavant [ici], se pose le problème du public.

En effet, toute forme de créativité passe par:
-  une envie de concevoir (écrire);
- une volonté de transmettre, communiquer (se faire lire);
- se concrétisant par un média (le support du livre);
- nécessitant un  investissement en société important (soumissions d'oeuvres pour se faire éditer, rapports avec éditeurs, entretien des lecteurs...).


Dans une certaine mesure, l'apparition d'internet a permis de rendre accessible le média à tous et de susciter des écrits qui sans cela seraient restés à l'état d'inconscient. Cette démarche ici présente participe de cela.

Cependant, une difficulté subsiste dans le cas de la composition en langue étrangère (le japonais) dans un cadre local (la France): trouver ses lecteurs devient plus difficile sans l'entremise de la traduction. Sans envisager une composition dans un blog purement japonais, la traduction permet donc de créer un lien entre la France (lieu de lecture) et le Japon (lieu de création).

Il reste à s'interroger sur la portée de la traduction d'une oeuvre poétique: dénaturée ou non?

II- Sur la portée de la traduction dans la poésie en générale:

Les partisans de la "musicalité interne absolue" d'un texte pensent qu'elle est indissociable de la langue et réfutent toute traduction possible. Cependant, cette position est une démarche élitiste.

La traduction d'un poème est similaire à l'adaptation sur scène d'une pièce de théâtre: elle ne disqualifie pas l'oeuvre écrite, mais au contraire lui donne la possibilité de s'exprimer sous une autre forme, de se représenter, tout en en respectant l'esprit. D'autre part cette démarche permet de rendre accessible au plus grand nombre une oeuvre, ce qui me paraît essentiel dans le haïku et conforme à son ouverture d'esprit.

Cependant, pour pouvoir faire office de passeur, il s'agit d'apporter une attention particulière à la traduction: en cela, ainsi que l'indique Monique Coudert dans la revue Ploc (n°5), il apparaît important que le traducteur ai également une âme de poète.


III- Sources de motivation: aux origines de ses haïkus:


Retourner aux sources de son émerveillement est sans doute un moyen de trouver de nouveau du sens et une motivation dans la composition.

Ainsi, quels seraient les haïkus essentiels pour vous? Voici les miens:

# - Issa - première rencontre

Bien qu'étudiant le japonais depuis quelques temps, la poésie japonaise n'allait pas de soi pour moi jusqu'à la découverte en 2000 d'un poème d'Issa dans une traduction de Joan Titus Carmel:

露の世は
露の世ながら
さりながら

tsuyu no yo ha
tsuyu no yo nagara
sarinagara

Ce monde de rosé
est un monde de rosé
pourtant et pourtant

La fragilité et la beauté. Le haïku porte en lui une résonance particulière (un yoin?) qui parle encore longtemps au coeur même la lecture achevée.


#- Mabuson Seigan - première lecture japonaise

Découvert par le blog de Paul ailleurs, Mabuson seigan est l'unique français haijin au Japon: cela nous encourage à composer dans cette langue. J'aime son livre sur Issa dans lequel il glisse certaines de ses compositions:

花 の影
今年もわれは
異国人

hana no kage
kotoshi mo warewa
ikoku-jin

L'ombre des fleurs
je suis encore un étranger
cette année

Le sentiment de l'exil, de l'étranger, difficilement définissable se trouve exprimé en peu de mots. C'est admirable.

#- Mayuzumi Madoka - des thèmes novateurs

Découverte il y a peu, Mayuzumi est mon dernier coup de coeur en matière de haïkus:

風が好き
ひな菊が好き
アナタが好き

kaze ga suki
hinagiku ga suki
anata ga suki

J'aime le vent,
J'aime les pâquerettes,
Je t'aime plus que tout

Parler d'amour avec le haïku.

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9 octobre 2008 4 09 /10 /octobre /2008 13:20
Madoka Mayuzumi (黛まどか) est une poétesse contemporaine, auteur de plusieurs recueils dont "la face B de l'été" (B men no natsu - B面の夏), publié la première fois en septembre 1994.

L'auteur:

Née en 1962 [1] à la préfecture de Kanagawa, elle a développé un intérêt pour le haïku à l'occasion de recherches sur un haijin "sukita hisajo" (1890-1946) pour son travail de journaliste. Aujourd'hui elle animerait un groupe de composition de haïkus réservé aux femmes "Tokyo [Audrey] Hepburn". [voir aussi ici]

Présence en France et reportage:

Elle est venue présenter l'art du haïku à la maison de la culture du japon à Paris le 21/03/2008 (voir ici, chez chichinpuipui). A l'occasion de son voyage, la NHK a diffusé un reportage à son sujet.

Le style de "la face B de l'été":

Madoka Mayuzumi conserve une certaine forme de classicisme dans son parti pris esthétique (utilisation d'anciennes formes grammaticales et d'anciens caractères kana), mais elle y introduit de nombreux termes modernes (en katakana) tel que "mac donald".

Cet ouvrage serait né d'un amour passionnel et interdit selon la postface: obligée d'intérioriser ses sentiments en société, elle aurait exprimé ceux-ci par le biais des haïkus, du début de son idile à sa fin. L'amour est donc le sujet central de cet intéressant recueil de haïkus , thème peu usité chez les auteurs classiques.

L'intérêt de l'oeuvre:

Madoka Mayuzumi nous montre qu'il est possible de parler de thèmes modernes tel que l'amour tout en respectant les règles formelles du genre (rythme et kigo, par exemple). En ce sens, son oeuvre est unique, exceptionnelle. D'autre part, l'humanité et la touche féminine qu'elle insère dans ses compositions reste très agréable.


Quelques compositions:

旅終へてよりB面の夏休
(たびおへてよりBめんのなつやすみ - tabi ohete yori B men no natsu yasumi)
Après la fin du voyage
La face B
des vacances d'été



ふらここや恋を忘るるための恋
(ふらここやこいをわするるためのこい - furakokoya koi wo wasururu tame no koi)
Sur la balançoire!
L'amour pour oublier
Un amour



風が好きひな菊が好きアナタが好き
(かぜがすきひなぎくがすきあなたがすき - kaze ga suki hinagiku ga suki anata ga suki)
J'aime le vent,
J'aime les pâquerettes,
Je t'aime plus que tout





Traduction de certaines de ses oeuvres en français dans les ouvrages suivants:

- le poème court japonais d'aujourd'hui paru aux éditions gallimard [voir le site de chichinpuipui];
- Du rouge aux lèvres, une anthologie de haïkus aux éditions la table ronde;
- un numéro spécial de ploc consacré à Madoka Mayuzumi.

Références:

B面の夏 (B men no natsu) aux éditions 角川文庫 (kadokawa bunko) 560 Yens - ISBN4-04-340801-3

Site personnel de l'auteur:

http://madoka575.co.jp


[1] diverses sources mentionnent soit 1965 (le bunko de B men no natsu, son profil sur le site nikkansport), soit 1962 (wikipédia et son site personnel). Son site est sans doute plus fiable.

Maj/Update: 15/11/2008

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30 juin 2008 1 30 /06 /juin /2008 21:30
De l'incertitude et manque de confiance en soi dans la composition en japonais:

Le vrai problème de la composition en japonais en France reste le doute qui taraude de ne pas être intelligible et/ou de s'être trompé dans la composition: les sources que l'on possède sont principalement du domaine livresque (en français et en japonais). Il manque donc souvant un avis japonophone éclairé (dans ces cas là, un sempai serait bien utile...).

Heureusement, certains lecteurs japonophones - que je remercie -  me font part de leur opinion.

Par exemple, un visiteur du blog m'indique qu'un vers ne contient pas assez de lettres (jitarazu). Le vers comporte en fait un sokuon (petit tsu) qui selon un manuel de haikus en japonais double le compte de more. En comptant le sokuon, on atteint le compte demandé. Alors, existe-t-il une polémique sur la méthode de computation?

C'est au final l'incertitude qui guide la composition poétique en langue étrangère...

Des conseils dans la composition des haïkus:

Ces derniers temps plusieurs lecteurs m'ont demandé des conseils dans la composition de haïkus. Il est ainsi malaisé pour moi d'y répondre dans ces conditions d'incertitude.

D'une part, je ne dispose pas de légitimité pour donner des conseils (haîkaiste "officiel" édité, place en tant que professeur, etc...) et suis moi même encore en recherche du sens des haikus.

D'autre part, les conseils issus de mes réflexions pourraient orienter la composition de ces auteurs dans une direction qui ne leur correspondrait pas.

Ainsi, tout au plus pourrais-je donner des pistes de suggestions de réflexions. A l'auteur de trouver ensuite son chemin.

Des écoles et de sa place dans celles-ci:

En remarque liminaire, le haïku m'apparaît comme divisé en "2 écoles", 2 visions:

 - Une première "école classique" où le respect des règles traditionnelles du haïku est essentielle (respect du rythme 5/7/5, avec parfois quelques écarts). Dans cette école, le haïku de saison (présence d'un kigo) reste prépondérant, sans que le haïku de situation ai disparu.

- Une deuxième "école moderne", proche d'un poème court classique, sans règles prononçées (rythme très variable mais respectant une structure vers court/vers long/vers court). La division en haïku de situation ou de saison n'est pas essentielle, car la saison devient un thème comme les autres - même si elle risque de transformer le haïku en une "chose" champètre.

On peut considérer que la seconde soit issue de la première et que la compréhension du premier versant soit important pour en saisir l'esprit avant de s'essayer au deuxième.

Il semble [*] qu'au Japon l'école "classique" soit la plus représentée alors qu'en occident (France), la deuxième soit la plus importante. Les apprentis haikaistes, par une information pas toujours disponible, ne distinguent pas les deux versants et s'essayent au deuxième avec le risque de composer un poème court (sans doute excellent), mais éloigné du haïku.

Selon le positionnement que pourrait adopter l'auteur, les suggestions de composition seraient certainement différentes. Cet éléments est donc à avoir à l'esprit.

De quelques suggestions sur le haïku:

Ceci étant dit, voici quelques propositions afin d'envisager le haïku:

1- oublier ce que l'on a entendu

Beaucoup de rumeurs existent sur le haiku, des définitions plus ou moins abracadabrantes, etc... Il faut essayer de désapprendre ces "on-dit" (la métrique, le poème zen, champêtre...) et ensuite aller aux sources.

2-  les sources: privilégier les auteurs classiques en langue originale ou les bons traducteurs.

il est important pour l'apprenti haïkaiste de connaître les auteurs japonais originels pour se faire une idée de ce qu'est réellement le haïku. Les traductions constituant un filtre déformant, il s'agira de lire ces oeuvres en japonais si l'on a des notions (livres JP ou livres FR présentant les 2 versions, comme les éditions verdier ou le triangle magique de ...) ou sélectionner quelques traducteurs éprouvés (ma préférence va aux ouvrages de maurice coyaud et joan titus carmel).

3- examiner les livres "how to"

Derrière leur aspect utilitaire un peu froid pour certains (pour lesquels la composition poétique ne se résume pas à quelques règles de fabrique), ils sont en fait une source de réflexion très importante sur le haiku et ses ressorts, bien plus qu'une thèse littéraire sur la composition peut-être...

  • Petit manuel pour écrire des haïku de Philippe Costa - Ed. Piquier – ISBN : 87730-508-2
  • HAÏKU NYUMON de Kaneko touta (JP) - Ed. GENTOSHA - ISBN 4-344-90093-6

Si vous avez des références à ce sujet ou d'autres façons d'envisager la composition, n'hésitez pas....

série I: ci et .

Série II: par là.

Série III: là-bas.

Et quelques grammes de senryu: là-bas.


* Cela serait encore à vérifier.
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13 juin 2008 5 13 /06 /juin /2008 21:30

L'importance de l'écrit:


Comme Jacqueline Pigeot l'indique [1], la poésie japonaise se situe entre écriture (caractère) et vocalité (rythme et contenu): si la musicalité des poèmes est mise en avant, leur composition est influencée par la Chine - civilisation de l'écrit - d'où ils proviennent.


Ainsi, l'unité de mesure se dit ji [じ 字] ou moji [もじ文字], "signe d'écriture".


De plus, les compositions comportant un surplus ou un manque de mores déterminés (cad 5/7/5) sont appelés jiamari [じあまり 字余り] (trop de caractères) ou jitarazu [じたらず字足らず] (manque de caractères).


Enfin, la calligraphie est considérée à l'époque du waka comme une interprétation du poème:  honnit soit le poète mauvais calligraphe (tel fujiwara no nobutsune, dans les notes de chevet de Sei Shônagon, qui - ne pouvant répondre à un poème avec une belle écriture - s'enfuit de honte - p17 de [1]).


La présentation verticale en une seule ligne:

A l'époque moderne, l'importance de l'écrit ne semble pas avoir disparu en ce qui concerne la présentation du poème:  il est ainsi conseillé à l'apprenti haijin d'écrire ses compositions [en japonais] sur une seule ligne verticale [2].

Cette présentation a la vertu de permettre de vérifier la "fluidité" d'une composition censée pouvoir se dérouler d'une seule traite.

Dans une telle présentation, se pose alors la question des moyens pour repérer le rythme (de 5/7/5) dans la phrase (rappelons qu'en japonais, il n'existe pas d'espaces entre les mots, que le point et la virgule sont des concepts récents, totalement absents de la rédaction d'un haïku).

En fait, la présence de certains mots (kireji, noms communs, particules enclitiques ...) permet de révéler ce rythme, la coupure se faisant  avant ou après.


Exemple célèbre:

古池や蛙飛こむ水のをと

furu ike ya kowazu tobikomu mizu no oto

Ici le kireji "ya" permet de déterminer le premier vers (furu ike ya). Le deuxième et le troisème vers sont également  révélés par la présence de deux propositions: "kowazu tobikomu" et "mizu no oto".


Une application au français:

Une application au français (en une seule ligne horizontale) est-elle possible? A vous de répondre. Cela permettrait au moins de tester comme en japonais la fluidité du poème...

Ainsi la traduction de l'exemple donné en une seule ligne:

Vénérable étang ! Les rainettes plongent, Ô le bruit de l’eau [3]

 

[1] Questions de poétique japonaise de Jacqueline Pigeot - PUF - collection : orientales - ISBN : 2130479227

[2] haïku nyumon de Kaneko touta (JP) - Ed= gentosha ISBN 4-344-90093-6

[3] Traduction L Mabesoone


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16 mai 2008 5 16 /05 /mai /2008 18:06
Le kigo, ou référence  saisonnière, est un élément nécessaire à la composition d'un haïku de saison.  Ces références saisonnières sont ordonnées dans des recueils appelés saijikis.

Leur classification obéit à des règles particulières: hors le cas où ce mot serait clairement isolable dans une saison donnée, sa répartition se fait, comme l'indique Ryu Yotsuya , selon un filtre révélateur de la saison (saison de son apparition, où il apparaît le plus beau, où on en prend conscience le plus facilement).

En précisant que toute référence saisonnière ne constitue pas un kigo en tant que tel, il devient alors essentiel de savoir pourquoi certaines d'entre-elles bénéficient de reconnaissance en tant que kigo et d'autres non? Comment ce passage se fait-il? Le nombre de kigos est-il figés ou évolue-t-il?

S'il est difficile de répondre à ces questions, il est possible de remarquer qu'une référence saisonnière reconnue, sera introduite dans un saijiki, marquant matériellement sa consécration.

L'analyse d'un saijiki japonais [1] est riche en enseignements sur son évolution possible.

Ainsi, saviez vous qu'au titre de kigo d'été japonais se trouve... la fête du 14 juillet française?

La fête nationale, journée de commémoration de la prise de la Bastille en 1789, symbôlise la fin de la monarchie absolue. Son utilisation en tant que référence saisonnière explicite de l'été apparaît naturelle en France, mais au Japon?

La présence de ce kigo particulier au Japon remonterait en fait à la sortie dans l'archipel du film "
Quatorze Juillet" de René Clair (sorti en salle probablement après 1933), dont la traduction du titre en "Pari sai" [2] (littéralement "fête de Paris") aurait marqué les haijin.

Cela montre donc que les saijiki évoluent quelque peu et empruntent des idées nouvelles à l'étranger, que toute nouvelle référence saisonnière est potentiellement un kigo en devenir.

Quelques exemples personnels:

パリ祭に

窓から星が

流れけり

Au quatorze juillet

De la fenêtre les étoiles

Filent-

パリさいや

暗夜(あんや)でたばこ

光りけり

Quatorze juillet !

Dans la nuit noire la cigarette

Illumine



[1] Kadokawa Daisaijiki
[2] 巴里祭 ou パリ祭(パリさい – pari sai

Maj/Update: 22/05/2008


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20 mars 2008 4 20 /03 /mars /2008 22:15

La  fin de l'année dernière a vu s'achever une  deuxième série de haiku en japonais: cela deviendra-t-il un choix esthétique automatisme pour un moment?

Ce choix d'écrire en langue étrangère n'est jamais neutre et implique des motivations particulières... Ces motivations sont intégrées, pour partie, dans la réflexion sur la composition en général et le style que l'auteur cherche à développer.

Ici, le questionnement de la langue s'opère en glissement: pourquoi composer en japonais? Pourquoi avoir appris le japonais et qu'apporte-t-il?

  • Le questionnement de la langue (motivations et apport):

Les motivations d'apprentissage d'une langue restent toujours diverses et chacun en profite à sa manière.

Personnellement, je ne peux nier un certain affectif.

D'autre part, bien qu'il possède assez peu cette image là, le japonais est une belle langue, riche et musicale (elle possède un rythme agréable, et l'absence de r prononcés en adoucit le son). Si l'apprenant n'est pas convaincu de chanter sa langue, sa motivation ne durera pas longtemps.

C'est aussi une langue de la suggestion, de l'interaction et du contexte: en peu de mots, il est possible de suggérer plusieurs sens, cette richesse prenant une certaine profondeur au regard des interactions sociales (une différence de ton permet par exemple de signifier pour anata vous, tu ou un équivalent de chéri); le contexte permettant de sélection un sens plutôt q'un autre.

Elle enseigne la possibilité de signifier le plus en disant le moins: elle apprend l'économie de pensée, la soustraction en quelque sorte.

  • La composition en japonais:

La composition en japonais amène à contrario à se demander pourquoi ne pas écrire en français.

L'utilisation du français peut apparaître insatisfaisante, frustrante, pour la composition de haïku: celle-ci est traversée de paradigmes parfois contradictoire ou, déformés de l'origine, en tout cas soumis à une vision française "retravaillée" du Japon.

Pour comprendre, le japonais s'impose donc avant de retourner au français.

  • La difficulté de l'exercice:

La composition dans une langue étrangère reste pourtant un exercice périlleux, voir limité.

[1] Un exercice périlleux:

Les sens connotés des mots, les images qu'il véhiculent peuvent vous échapper, malgré tout l'effort qui pourrait être appliqué à la forme du poème. Ainsi, un poème "correct" du point de vue de la langue ne suscitera pas forcement les mêmes images au Japon ou en France.

Exemple d'une composition:

rainichi ya
machi no nakigoe
karasu kana

Cette inspiration m'était venue lors d'un voyage au Japon pour les fêtes de nouvel an. Composé le 29/12, il tient cependant plus du haïku d'hiver que du nouvel an.

En mettant de côté la surabondance de kireji (ya et kana), regardons son thème: heureux d'être de retour au Japon, de nombreuses sensations oubliées me revenaient en mémoire, comme les corbeaux omniprésents. Alors que nous attendions devant une gare, leurs voix s'entendaient sans que l'on puisse voir un seul oiseau. Il y avait un certain bonheur à retrouver cette sensation, ces voix des corbeaux qui habitent la ville japonaise. Je trouve également admirable les oiseaux qui s'adaptent à la vie urbaine malgré le comportement de l'homme: il y a un élément dynamique, un élan vital certain. Il m'est même arrivé de voir des familles japonaises ayant adopté un corbeau. Cette familiarité, proximité avec le corbeau (également présente dans les légendes avec le karasu tengu) semblait militer pour un aspect positif du corbeau. D'où ce poème.

Grâce à la gentillesse de Paul, j'ai pu recevoir l'appréciation d'une de ses lectrices japonaises sur cette composition: futatabi serait préférable à rainichi, trop descriptif, explicatif. Ensuite, il y aurait quelque chose de mauvaise augure, malchanceux qui se dégage de ce poème. Le corbeau serait-il finalement un symbole négatif aussi au Japon? En tout cas il suscitait une impression opposée.

[2] et parfois limité:

La composition en japonais comporte également des limites engendrant parfois des frustrations: le haïku est à la poésie, ce que le court métrage est au cinéma, un moment bref pendant lequel on raconte une histoire. Une inspiration vient, il faut la traduire en mots: le problème tient à la limite de sa connaissance de la langue. Elle nécessite des renvois constants vers son dictionnaire à la recherche de mots, de vocabulaire, ce qui fait que dans son lexique on se perd: quelle histoire déjà voulait-on raconter?

  • Quelques points nécessaires pour cette composition:

Une attention particulière portée par le haijin en herbe  aux points suivants lui permettra de progresser:

[1] La maîtrise du kigo:

La composition d'un haïku de saison impose la présence d'un kigo.

Cette règle du kigo est souvent vue comme une contrainte du point de vue français: la nécessité de mettre un terme sur la nature ou la saison est une perturbation qui ampute une partie du poème d'un espace précieux et rajoute un aspect champêtre non prévu au thème souhaité.

Cependant, le kigo n'est pas une contrainte mais (a) une béquille, aide précieuse, (b) un mot qui rajoute un niveau de lecture supplémentaire et (c) dont la portée ne dénature pas le poème.

[a] A l'opposée d'une contrainte, l'insertion d'un kigo permet de compléter son poème court. Parfois viennent à l'esprit deux vers sur les trois: puiser un kigo dans la catégorie appropriée (*1) permet d'achever son poème et de le raccrocher à la saison. En sens inverse, la lecture d'un saijiki peut apporter des idées pour une composition.

[b] Le kigo amène avec lui un ensemble de références apportées par la tradition et permet d'éviter d'être explicite: par exemple, tel phénomène naturel qui existe à tout moment de l'année est le plus beau à cette saison. Son utilisation apportera une dimension supplémentaire au simple sens dénoté du mot.

Ainsi, la lune est classée, selon Ryu Yotsuya, comme un kigo d'automne, la saison où elle est la plus belle. La raison est qu'en automne l'air est sec et clair. Ce kigo enrichit donc le poème qui l'utilise d'une dimension supplémentaire (le ciel clair et sec d'automne).

Les références implicites sont également d'un autre ordre: elles créent un lien avec les compositions des poètes précédents utilisant les mêmes images. (*2)

[c] On ne le répétera jamais assez, mais la présence d'un mot de saison dans un haiku ne signifie pas qu'il soit un genre poétique champêtre. Le kigo n'est qu'un média par lequel le poète fait passer ses émotions et le raccroche au monde (il n'y a pas séparation entre le monde spirituel et naturel dans la poésie japonaise). La liberté existe dans le choix de ce mot.


[2] La maitrise du vocabulaire:


Une fois l'inspiration venue, une des grandes difficultés pour composer un haiku reste la maîtrise de son rythme (5/7/5) et l'apprenti a souvant quelques caractères en trop ou en moins pour en faire un compte exact.

Un vocabulaire élargi lui permet de trouver un terme similaire moins gourmand en more comme en composition française. Il peut également contourner cette difficulté par une bonne connaissance des lectures des kanjis, caractères sino japonais (selon les lectures le nombre de mores sera plus ou moins important).

Exemple: les amours du chat = neko no koi  (5) =  koi neko (4), les longues journées = hinaga (3)  = nagakihi (4)

[3] Et pour l'utilisation des kireji et du bungo?


A notre époque, l'utilisation du bungo ("japonais ancien") n'est pas une obligation pour composer un haïku et demeure une latitude que conserve chaque auteur. Quelques connaissances en bungo restent cependant nécessaires pour comprendre les textes japonais des auteurs classiques (issa, bashô, etc...).

Quand aux kireji, leur utilisation n'est pas systématique: il est cependant intéressant de tenter des compositions avec et sans. L'enseignement que l'on y retire est sans doute le rapport du haïku avec la pause, le ma. Cet apprentissage est aussi utile pour la composition en français.

Compositions en Japonais:

série I: ici et .

Série II: par là.

Et quelques grammes de senryu: là-bas.

(*1) rappel: les kigo sont divisés en saisons puis catégories (voir ici).
(*2) voir le livre de Jacqueline Pigeot relatif à des questions de poétique japonaise sur "l'imaginaire collectif (tradition/code) (p39)

Maj/Update: 28/03/2008;02/11/2008
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10 février 2008 7 10 /02 /février /2008 21:05
Si le zen est étroitement associé au Japon dans l'imagerie populaire,  son sens est très souvent dévoyé.

Ce fantasme populaire en a fait une marque de fabrique qui semble imprégner l'air là bas et tout comportement japonais susceptible de produire une esthétique ou éthique épurée.

Cependant, une production ou un process épuré n'est pas à confondre avec le zen.

Il convient donc de se détacher du "réflexe" d'accoler ce qualificatif de zen à tout ce qui vient du Japon et de regarder de façon détachée si le haîku et le zen entretiennent une relation particulière.


Mais qu'est ce que le zen?

Selon l'ami Robert - le petit -, le zen est une secte bouddhique du Japon (venue de Chine au XIIIe siècle) dont la méditation est un élément central pour parvenir à l'illumination.

Introduit au Japon par l'intermédiaire de la Corée, le zen aurait influencé certains arts et techniques vers une esthétique simple et dépouillée.

Le degré de l'influence de ce courant sur la société reste sans doute à mesurer.

Cependant, si le zen a autant prospéré en terre japonaise, n'est-ce pas justement parce que le Japon était un pays frugal, pauvre en ressource, expliquant par là une prédilection pour une esthétique de la simplicité?

Une comparaison entre le design  des pays scandinaves et japonais, tous aux ressources limitées, donne d'étonnants points communs à ce sujet.

Cependant une esthétique de la simplicité et de l'épure ne fait pas le zen, celui-ci reste avant tout une secte bouddhiste parmi d'autres.


Alors, les haiku sont ils zen?

Cette question peut se prendre selon plusieurs aspects:

1) Le haïku serait issu du zen ou influencé par lui

Sur ce premier point, il semble possible de répondre par la négative:

le waka/tanka est un genre de poésie courte (de 5 vers de  5-7-5  & 7-7) apparu au 7e siècle. Son premier tercet de 5-7-5 acquérra progressivement son indépendance pour donner naissance au haïku.

Il n'est donc pas possible de faire remonter le haiku à une origine "zen" : cette "simplification" progressive d'un genre déjà court est antérieure à l'introduction du zen au Japon (XIIIe siècle).

En général, la forme courte en poésie et tous les principes qui en découlent, rendus nécessaires par sa brièveté (recherche de la simplicité, évocation plutôt que démonstration, etc...), ne peuvent également être référencées comme "zen".

Le haïku constitue une continuité (autant dans la forme que du fond) du tanka/waka. Il paraît alors difficile à imaginer une certaine influence zen sur lui.

2) le haïku aurait une portée zen

Sur cet aspect, il faudrait envisager l'intention des auteurs et la présence de "zen" dans les thèmes du haïku.

2a) certains auteurs écrivent intentionnellement  avec une portée "zen"

- La majorité des auteurs classiques ne sont pas reconnus pour avoir vécus une vie religieuse ou portée sur la religion: seuls Chiyoni (qui devint bonzesse à 51 ans, mais de l'école de la terre pure - jodo shinshu -) ou ryokan (vrai bonze zen), santoka (idem) et basho me viennent à l'esprit. Ces haijin seraient les plus susceptibles d' influer une thématique zen ou au moins bouddhiste dans leur oeuvre. Mais cela ne me semble pas le cas pour celles qui ont été portées à ma connaissance.

- D'autres auteurs auraient ils maniés le zen? Je ne crois pas, mais cela mériterait une recherche approfondie.

Ainsi, il est à noter qu'Issa n'aurait eu que peu de respect pour l'église bouddhiste (selon Jean Chollet - dans le livre de Costa).

2b) les thèmes envisagés ont une portée zen, voir bouddhiste:

Si l'on s'intéresse uniquement aux thèmes, peut-on déceler une portée, une intention "zen", voir bouddhiste?

Là encore, les thèmes restent variés et il semble difficile d'isoler une tendance dans les différents types de haiku: haiku de situation (thème libre), de saison (présence d'un kigo) ou senryu ("genre humoristique"):

Ainsi, le haïku est un poème court descriptif, visuel, ou intimiste et émotionnel. Il parle de la vie quotidienne (petits bonheurs ou tracas) et peut évoquer - parfois - l'amour. Sa version humoristique est grivoise, impertinente et satyrique.

On est là, bien loin du zen dans ces thèmes qui n'ont pas de double sens ou de sens spirituel caché.

3) le haiku serait utilisé en tant qu'instrument du zen (dans ses rites ou cérémonies)

Je n'ai jamais lu nulle part que le haiku était utilisé dans des rites ou cérémonies bouddhistes zen.

En fait, le haîku ne serait-il pas confondu avec le kôan? Celui-ci est une courte phrase ou brève anecdote, absurde ou paradoxale utilisée comme un objet de méditation afin d'atteindre l'éveil. Le kôan ne peut se confondre avec un haïku: il n'a pas de forme imposée et comporte une intention, celle de faire réfléchir.

Exemple célèbre de kôan:  quel est le bruit d'une seule main qui applaudit?


Devra-t-on en arriver un jour à "réhabiliter" Philippe Costa?

Parfois accusé à tord de tirer à vue sur les relations entre le zen et le haïku, ses propos visent essentiellement à remettre en cause 2 fausses idées sur le haïku afin de permettre à l'apprenti haikaiste de se libérer de la crainte de composer:

1/ le haïku serait un poème spirituel inspiré par le zen ou en étroite relation avec lui
et, son corollaire:
2/ il comporterait un sens caché, un double sens.

S'il ne rentre pas dans le détail d'une réflexion pour démonter ces arguments, il cite notamment des commentaires de shiki (qui remet en cause l'idée de sens caché), Etiemble et René Sieffert (qui rejètent l'idée d'un haïku "spirituel") ainsi que Nakamura Ryoji et René de Ceccatty  (pour lesquels le haiku n'est pas un aphorisme zen dans "mille ans de littérature japonaise") qui rejettent ces idées.

Petite bibliographie non exhaustive utilisée pour cet article:
- Petit manuel pour écrire des haïku, de Philippe Costa aux éditions Philippe Picquier;
- Questions de poétique Japonaise, de Jacqueline Pigeot aux PUF - collection: orientales.

Maj/Update: 11/02/2008
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9 décembre 2007 7 09 /12 /décembre /2007 19:02

La publication du recueil au fil de l'eau par l'éclectique maison d'édition les "mille et une nuit" est l'occasion de découvrir les premiers haïku composés en français.

Vers l'année 1900, quelques amis - Paul-Louis Couchoud, André Faure et Albert Poncin - se réunissent pour écouter le récit de l'un d'eux, Paul-Louis, qui revient d'un voyage autour du monde grâce à une bourse. Nous sommes à l'époque en plein Japonisme. Fascinés par le pays du Soleil Levant et sensibilisés par sa poésie, les 3 amis décident en 1903 de faire un voyage d'excursion dans une péniche sur les canaux français durant lequel ils composeront les premiers haïku de langue française.

Une brochure de trente pages est ensuite publiée. Bien qu'imprimée à trente exemplaires et non commercialisée elle aura un certain succès et connaîtra plusieurs rééditions.

 

Penchons nous sur les oeuvres qui composent ce recueil:

Les poèmes sont tous composés de trois vers, leur longueur est très diverse (nombre de pieds total inférieure/supérieure à 17) et la répartition des pieds dans chaque vers également. Ils ne contiennent pas tous de kigo, même implicites, et certains thèmes apparaissent bien familiers ou usités dans le haïku (tel que l'amour).

Ainsi, si ce sont d'admirables poèmes courts, je ne suis pas certain qu'ils puissent être tous qualifiés de haïku.

Le recueil dévoile en filigrane une histoire intéressante, celle de jeunes camarades ayant décidé de prendre le large pour se forger le caractère. Cela fait penser à une certaine littérature du 19e et du début du vingtième.

A noter en fin d'ouvrage, une fiche technique "faites vos haïku vous même" assez incongrue (à oublier) et une bibliographie conséquente.

Une influence sur la vision du haïku en France?

Il est intéressant d'observer que dès le départ, les premiers haïku à la française écartent des éléments touchant à la forme (nombre et répartition des pieds, présence de kigo) et au fond (thèmes suscités par les kigo ou peu présents)... Ce recueil a-t-il eu un impact sur la vision francophone du haïku? Ce qui est certain est cette similitude de perception avec l'époque moderne, qui permettra d'occulter toute réflexion sur la forme, au nom d'une "licence poétique".


Au fil de l'eau, j'ai apprécié notamment:

 

Les ombres s'allongent.

Les champs de seigles mûrs

Se mettent à flamber.

 

Dans le soir brûlant

Nous cherchons une auberge

Ô ces capucines!

 

Références:

Au fil de l'eau - les premiers haïku français - édition établie par Eric Dussert.

Editions : "Mille et une nuits"; N°440; ISBN 2-842-05799-6

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22 octobre 2007 1 22 /10 /octobre /2007 22:00

définition:

Le kireji (切れ字) est un mot de coupure, césure (littéralement coupure [切れ] dans l'écriture/les caractères[]) très présent dans le haïku. Il permet ainsi d'introduire une pause, une respiration dans le texte, appelée "ma" en japonais. Il peut aussi être utilisé pour
faire un compte juste avec la métrique.

Dans l'espace limité que constitue cette forme d'expression, la respiration qu'induit le kireji apporte une "coloration" unique au haïku: elle introduit un "temps long dans un court métrage".

Ainsi, ces kireji qui ont une certaine importance dans le haïku, ne semblent pas toujours bien passer dans la traduction. Leur sens est souvent ambivalent et impose au traducteur un choix.

Je me demande si cela n'aurait pas pour conséquence de contribuer à une certaine déformation dans la compréhension du haïku : l'haïkaiste en herbe qui cherchera à en apprendre les base, sans connaître le japonais, se tournera exclusivement vers les traductions (certaines étant plus heureuses que d'autres). Or ces versions ne rendent pas complètement le sens des kireji...

Selon les auteurs, les kireji mentionnés varient (même s'ils n'ont apparemment pas dressé de liste exhaustive):
- kana, ya, keri (dans l'article de Ryokan du blog de Nekojita);
- ya, zo (pour Maurice Coyaud [1]. Il semble traiter kana à part);
- kana, ya, keri pour les kireji "simples" et wori, tari, nari pour des kireji "complexes" (pour Kaneko Tôta [5]).

a) particule YA()

La valeur  de cette particule se situe à la limite du doute, de l'interrogation, souvent avec une nuance émotive.

On trouve généralement cette particule en fin de premier vers.

Exemple 1, tiré d'un waka mais applicable au haïku:

"asagiri ni nurenishi koromo hosazu shite
hitori ya kimi ga yama-dji koyuran"

Sans mettre à sécher votre vêtement mouillé par le brouillard du matin
franchissez vous seul la montagne"

Dans ce waka du man yô shû, Jacqueline Pigeot en traduit la valeur interrogative [2]


Exemple 2:
Furuikeya/kawazu tobikomu/mizu no oto
古池や蛙飛こむ水のをと(“Vénérable étang ! Les rainettes plongent, Ô le bruit de l’eau…” [3].

Ce poème de Bashou est sans doute le haïku le plus connu. Sous son apparente trivialité il a fait l'objet de plusieurs traductions. La version de Mabesoone insiste sur cette nuance émotive avec un point d'exclamation.


b) particule ZO (ぞ)

Particule de renforcement pour Jacqueline Pigeot. Elle ne semble pas différent du japonais moderne pour son utilisation. Il est plus rare de trouver cette particule que ya

Exemple:

小言いふ

相手は壁ぞ

秋の暮れ

kogoto iu

aite wa kabe zo

aki no kure
Lorsque je rouspète

C'est au mur que je m'adresse

Crépuscule d'automne [4]

c) auxiliaire -keri (~けり)

 

"keri", mot du japonais ancien, est un auxiliaire qui se suffixe à une base (adjectif, verbe...).

Etant sans doute le plus difficile à cerner, nous ne rentrerons pas dans les détails de sa conjugaison, et admettrons pour simplifier les choses qu'il se trouve dans un haïku sous la forme suivante:

[base (masu kei pour les verbes, i kei pour les adj i, etc...) ] + keri

ex: samukeri; sumikeri

Selon Jacqueline Pigeot [2], keri possède deux valeurs principales:

1- la découverte subite d'une réalité existante, qui était déjà là dans le passé, mais dont on prend soudain conscience. Une nuance émotive (eitan) s'y attache. [valeur la plus fréquente en poésie].

En exemple, invoquons un poème de Ryokan trouvé sur le site de nekojita:

世の中は

さくらの花に

なりけり

yo no naka wa

sakura no hana

ni nari keri

Tout autour de nous

Le monde n’est plus que

Fleurs de cerisier


2- le passé (kakou).

[...]

Keri semble plus fréquent dans les haïku en dernier vers (et parfois en 2e).

d) KANA [
かな(哉)]: un kireji?

On trouve kana en fin de vers, c'est une "particule finale" (shûjoshi) qui s'ajoute à un substantif (ou à la forme rentaikei d'un mot variable: voir livre sur bungo).
Cette particule est composée de ka (particule marquant l'interrogation) et de na (particule marquant l'exclamation).

En japonais moderne, "kana" signifie une demande introspective: "je me demande si...". Par exemple oishii kana:  "je me demande si c'est bon"/"est-ce que c'est bon".

En japonais classique, Jacqueline Pigeot, lui donne une valeur exclamative (eitan) rendue par "!" ou "ah!" dans la traduction de waka de l'époque de Heian (du 8e au 12e siècle). Elle lui substituerait en japonais moderne la particule "yo".

De fait, les traducteurs de haïku semblent soit  "ignorer" le plus souvent cette particule, soit adjoindre au vers un point d'exclamation ou un mot tel que ah! oh! Il me semble que ces hésitations pourraient provenir du double sens que possède kana: question introspective et exclamation.

Un exemple, parmi d'autre:


さく花の

中にうごめく

衆生かな

saku hana no

naka ni ugomeku

shojoukana

Fleurs de cerisier-

Autour d'elles se traîne

le genre humain! [4]


MAJ/update: 25/10/2007; 29/05/2008

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(1) Maurice Coyaud [Tanka, haiku, renga - le triangle magique aux Ed. les Belles Lettres]
(2) jaqueline Pigeot [
Manuel de japonais classique : Intiation au bungo]
(3) Traduction Laurent Mabesoone (site de la HIA: http://www.haiku-hia.com/pdf/issa_f.pdf)
(4) Traduction de Joan Titus-Carmel
(5) Haiku nyûmon
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