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18 juillet 2007 3 18 /07 /juillet /2007 13:09
- Issa et le vin - la joie du haïku à la française -

Le livre---
Le livre est un haibun(1),  alternant haïkus et textes où Mabesoone nous dévoile sous forme autobiographique les raisons qui l'ont amené au Japon et ses conceptions poétiques.
Il se décompose en deux oeuvres:  "
issa to wain furansuryu haikai no tanoshimi " et "normandie no natsu" (un été en normandie).

L'auteur---
Laurent Mabesoone, est né le 22/09/1968 en France de parents belges et italiens installés en Normandie. Il a étudié un an au Lycée Préfectoral d'Utsunomiya en 1986 au Japon avant d'effectuer des études universitaires à Paris (littérature japonaise) et a enseigné en 1992-1994 à l'Université des Ryûkyû (JET?) puis a travaillé au gouvernement préfectoral de Nagano pour les JO de Nagano.

La place de l'auteur---
Il occuperait la place privilégiée d'être, avec Dughal Lindsay, l'un des rares auteurs non japonais écrivant des haïku dans la langue de Kawabata. C'est une position unique, riche de connaissances et d'expériences sur le monde du haïku.

L'oeuvre---
Ce qui m'a beaucoup touché dans ce livre est la sincérité de l'auteur et sa simplicité. Cette lecture m'a également ouvert à d'autres textes tel que le rire de Bergson. Elle fait réfléchir le lecteur sur la modernité, le rire, le rêve, la défense de la langue japonaise... dans le haïku et intrigue avec des associations tel qu'Issa et Napoléon...

J'ai aimé des haïkus tel que:
-
花の影今年もわれは異国人 [hana-no-kage kotoshi-mo-warewa ikoku-jin  L'ombre des fleurs/je suis un étranger/encore cette année_Traduction Paul ailleurs (dans son hamac) ];

- われはただ月見て月はわれをみる [warehatada tsukimitetsukiha ware wo miru Je regarde la lune seule, tandis que la lune me regarde_traduction approximative. j'aurais également traduit par "seul à regarder la lune, tandis qu'elle me regarde"...].

Il me reste des regrets: de ne mieux comprendre le japonais, de n'avoir une version française sous la main... pour pouvoir mieux profiter de ce livre.

REFERENCES
-------------------------------------------------------------------------
(1) haibun: texte en prose ou prose poétique qui annoncerait des haikus selon René Sieffert (à propos de Bashô dans le livre de Phillipe Costa). Ce procédé littéraire (alternance de textes et de poésies) serait appelé "réactualisation".

MAJ/Update: 25/07/07
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Published by Christian - dans Théorie haïku
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14 juin 2007 4 14 /06 /juin /2007 13:30

Ainsi s’achève une première série de haïkus composés en japonais. A l’origine, un seul texte était prévu, comme un coup d’essai afin de mieux cerner ce qu’est un haïku. Les commentaires encourageants de Laurent Mabesonne sur le n°1 et la lecture de son livre m’ont cependant incité à continuer pendant un temps sur cette lancée.

D’autre part, la place qu’il occupe dans le monde du haïku (un haijin français composant en japonais) aide les haikaistes en herbe à se décomplexer et oser composer dans une langue que l’on ne maîtrise pas vraiment.

Quant aux poèmes, leur inspiration s’articule autour d’une idée qui vient en français (ex : une poussée soudaine de parapluie - n°3) et à laquelle une correspondance est cherchée en japonais. A partir de ce moment, va se construire le haïku, composé en japonais. Cette composition demandera un retour fréquent vers les dictionnaires et le saijiki de Laurent Mabesoone, sans être exempte de craintes de contre sens et de nuances mal comprises.

Les compositions en présence sont assez simples et parfois hésitantes (ex : n°2-3).  Elles sont inspirées pour partie d'un ouvrage d'Issa. J’ai essayé d’utiliser la langue classique dans certains poèmes (comme les n°4 et 5) mais l’exercice reste difficile. Les kigo de printemps sont les plus « évidents » car la référence à la saison est explicite. Les kireji introduits restent pratiques pour « faire le compte » avec la métrique – mais pas seulement.

La composition en japonais est passionnante : elle nous apprend beaucoup sur le bungo, la portée des kireji, la « pensée-haïku » et les différences qui peuvent exister entre le haïku français et japonais ou encore les écueils de la traduction.

 
Articles sur le sujet:
- Sur le kigo et les interrogations qu'il suscite;
- De quelques considérations et difficultés sur le haïku à la française;
- Les haïkus en France;
Articles sur la poésie:
- La poésie dans la société;
- La modernité dans la poésie.
Compositions en japonais:
- 2 à 10 et X;
- premier essai.
Compositions en français:
- Saint Valentin;
- Haïkus d'hiver n°1, n°2; et n°3;
- Haïkus d'automne n°1, n°2;
- un haïku pour l'été;
- Au printemps: le chat; un éternuement; une terrasse d'un café.
Recueil de poésie publié sur in libro: shônen.
Découverte: le poète Terayama shuji.
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Published by Christian - dans Théorie haïku
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26 avril 2007 4 26 /04 /avril /2007 23:38
De quelques interrogations sur le kigo dans la poésie japonaise:

Dans cet article de la catégorie "théorie haïku" nous continuerons à explorer les haïku et leur sens: bien que le kigo soit un élément fondamental de cette forme poétique, il existe apparamment assez peu d'informations à ce sujet en français. Ce texte apporte donc plus d'interrogations que de réponses. Si vous avez des compléments ou rectifications à apporter, n'hésitez pas.

Définition du kigo :
Le kigo ou mot de saison (ki: saison; go: mot) est un élément fondamental dans la composition de haïku de saison.
C'est un mot faisant référence à la saison soit de façon directe, soit de façon allusive (Maurice Coyaud - Tanka, Haiku, Renga).

Historique du kigo:
Le haïku sans kigo serait un haïku de situation, sans doute arrivé plus tard. Il est, selon Mabesoone préférable d'insérer un mot de saison dans un haïku qui, sans cela, serait un haïku dit  "mort" composé selon certaines situations, en cas de funérailles par exemple.

Q => depuis quand les règles relatives à la présence formelle d'un kigo dans un haïku ont-elles été établies? Bashô?

Q => La nature est-elle très présente dans la poésie japonaise en dehors du haïku? Trouve-t-on le kigo (ainsi formalisé) hors du haïku?

Concernant la présence des saisons dans la poésie japonaise, un début de réponse est apporté par Jacqueline Pigeot (1): le waka (également appelé tanka) est un genre poétique apparu au 7e siècle duquel est issu le renga, qui donnera à son tour le haïku. Le waka est constitué de règles à l'instar du haïku: 5 vers de 5/7/5/7/7 (c'est à dire 31 pieds) et des thèmes imposés: l'amour, la mélancolie du voyage, les félicitations ou condoléances, certains thèmes religieux, mais surtout les saisons. Ainsi les saisons avec les plantes, animaux, et rites les concernant, font déjà partie de la poésie japonaise depuis longtemps.

Le saijiki:
Les kigos se trouvent rassemblés en recueils appelés saijiki.
En français, il existe peu "d'almanachs ou éphémérides poétiques" disponibles: Une traduction en 4 tome par Alain Kervern (en cours de réédition?) et, sur internet, les pages de mabesoone et ryu yotsuya (page inachevée)...

Q => A partir de quand les saijiki sont-ils apparus au Japon? Autrement dit, depuis quand a-t-on classifié, rangé les kigo? Les saijiki évoluent-ils? Comment?

Sans avoir de date précise concernant l'apparition des saijikis au Japon, Alain Kervern indique que les almanachs poétiques basés sur des calendriers luni-solaires seraient issus de Chine et auraient été introduits au Japon par la Corée. (3)

Sur l'évolution des saijikis, voir les articles suivants.

Classification du saijiki:
La réponse sans doute la plus complète est fournie par Ryu Yotsuya dans son excellente introduction au Saijiki: il contient des mots concernant directement les saisons et également des mots concernant les phénomènes naturels non spécifiquement liés à une saison. Ces derniers sont classés par saisons selon les règles suivantes:

"(1) On le classe dans la saison où il apparaît pour la première fois.

Ex : les hirondelles arrivent au Japon au printemps…

(2) On le classe dans la saison où il apparaît le plus beau.

Ex : la lune est la plus belle en automne quand l'air est sec et clair…

(3) On le classe dans la saison où on en prend conscience le plus facilement

Ex : en automne, les cerfs poussent des cris plus aigus et ils ravagent les récoltes…"


Les kigo se divisent usuellement en 6 catégories selon Ryu Yotsuya: le temps, les astres & phénomènes atmosphériques, les phénomènes de la terre, les activités humaines, la faune et la flore... Sur le saijiki de Mabesoone, nous retrouvons également 6 catégories: moments de la saison, phénomènes météorologiques, paysages, plantes, animaux, vie humaine.

A ce titre, je me demande si le pot au feu en France ne pourrait pas être considéré comme un kigo d'hiver des activités humaines...Du point de vue des français: cela reste un plat d'hiver.

La nature/place du kigo dans le haiku:

Pour M Coyaud, si l'on enlève le kigo (qui prend place en général au dernier vers de 5 pieds du haïku) il ne reste plus que 12 syllabes dans lesquelles le haikaiste insère son message et peut se montrer génial.

Le kigo m'apparaît donc essentiel, d'abords dans ce qu'il n'est pas (un support du message du poète) et dans ce qu'il représente (une référence aux mouvements de la nature, un média qui place l'auteur au sein de ce monde et lui font prendre conscience du passage des saisons, du temps).

Un kigo qui reste aujourd'hui indispensable?

La place du kigo dans le haïku a apparamment été remis en question par certains auteurs japonais tel que ippekiro Nakatsuka (1887-1946). Ce dernier a également fondé le haïku de "forme libre".

Selon Maurice Coyaud (2), le premier a avoir modernisé les haïkus serait Shiki (1867-1902) : il admet la composition de haïku contrevenant à la règle syllabique des 5-7-5, utilise du vocabulaire d’origine occidentale ou chinoise et innove en puisant son inspiration en élargissant les thèmes de composition (vie citadine).

Le haïku moderne doit donc être susceptible d'une plus grande liberté qu'auparavant, mais ce sont, selon moi, dans ces règles justement qu'existe un espace de liberté: la brièveté incite le poète à retrancher, couper, ôter pour ne retenir que l'essentiel d'un instant, et le kigo ajouté insère le poète dans le monde en le reliant à la nature et au passage des saisons.

Q => de nos jours, le kigo?

En tant qu'apprenti haikaiste, il me semble que toute composition se devrait de comporter un kigo (faites ce que je n'ai pas fait). Ce n'est qu'avec l'expérience que celui-ci pourrait être occulté. En principe...


MAJ/Update: 19/07/2007; 12/01/2010
________________________________________________________________________________
(1) Jacqueline Pigeot "questions de poétique japonaise" - PUF - collection: orientales.
(2) Maurice Coyaud "Fourmis sans ombres" - Phébus Libretto.
(3) Le vent du Nord  d'Alain Kervern aux éditions folle avoine.
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Published by Christian - dans Théorie haïku
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14 mars 2007 3 14 /03 /mars /2007 22:33
De quelques considérations sur le haïku à la française:

Au détour d'une discussion sur internet concernant l'engouement  populaire récent pour la culture japonaise en France (& dans le monde), un professeur de la langue de Kawabata, en examinant la soudaine audience de ses cours, y voyait une nouvelle forme de snobisme.

Personnellement, je ne puis stigmatiser une tendance honorable (apprendre une autre langue et une autre culture), quelles que soient les motivations fort variées de cet apprentissage (boboisme, culture pop graphique, cool japan design...).

Cependant cet apprentissage réalisé par des nipponophiles convaincus comporte parfois certains comportements excessifs :
Il semble être considéré comme un "package" où l'apprentissage des mots doit se coupler systématiquement avec l'apprentissage ou du moins la découverte de savoirs ou disciplines culturelles tel que l'art du thé, l'ikebana, le haïku, l'histoire, etc, alors même que leurs pendants européens sont ignorés.

Ainsi, bien que l'apprenant ne s'intéresse pas à la poésie occidentale, il va se piquer d'intérêt pour cette forme brève de poésie. De là naît un paradoxe et un risque de snobisme s'il n'est pas complété par une recherche de la nature de la poésie en Occident tout autant qu'en Orient.

En général l'apprenant ne va pas si loin et est susceptible de se lancer dans la composition sans même chercher à se construire de solides bases dans la métrique, élément essentiel à la maîtrise de la poésie francophone ... Cette absence de compréhension nuit certainement à l'image du haïku à la française à l'étranger et fonde les critiques à dénier le caractère de haiku à ces formes brèves, admirables par ailleurs. En effet, peut-on parler de haïku si le mètre n'est pas respectée (parfois par ignorance de ses règles)?

Enfin, rappelons le, si la langue japonaise est naturellement adaptée pour la composition de haïku, cela ne signifie pas pour autant une incapacité de la langue française pour cette forme poétique.

De quelques difficultés de métrique dans le haïku à la française:

Si l'on regarde la métrique, la composition en français apparaît plus difficile. Il est donc nécessaire d'investir un peu de temps dans l'assimilation de ces règles.

1- De la métrique en japonais

Le japonais est une langue que je qualifierais (de façon impropre, sans doute) de "syllabaire": chaque mot est composé de syllabes bien décomposées (Voyelle ou Consonne+Voyelle) qui se prononcent toujours (il n'existe pas de "caractère muet"). Il n'y a donc pas à apprendre de règles à ce sujet. Si on sait lire le caractère, on peut  facilement compter le nombre de pieds (ou "more") que compte un vers (ou "ku") japonais.

Un son/caractère compte pour un more. Ensuite les points suivants sont à prendre en compte:

 

a) 促音(そくおん soku on):

 

Les mots comportant un petit "tsu"() ont pour fonction de doubler une consonne (kk,ss, ssh, tt, tch, pp). Ces "consonnes sourdes" comptent pour 2 mores.

 

(ex: さっか =3)

 

b) 拗音(ようおん yô on):

 

Les diphtongues, sons composés d'un kana et d'un "petit" ya/yu/yo (ゃゅょ) sont comptées comme un seul more (kya, kyu, kyo =1).

 

(ex: しゅみ=2).

 

c) 長音(ちょうおん chô on):

 

Les voyelles allongées comptent également pour 2 mores.

 

(ex: サービス=4)

 

d) 撥音(はつおん hatsu on):

 

le son 'n (), la nasale, est compté comme un more.

 

(ex: ざんねん=4)



Quelques exemples: nihon (japon) = 3 (ni/ho/n); shashin = 3 (sha/shi/n); byouki = 3 (byo/u/ki); kekka = 3...

2- De la métrique en français

Pour composer en français des poèmes non libres (dont le nombre de vers est imposé, à l'instar du haïku), il faut bien saisir les règles de computation des syllabes. Ces règles sont présentées ci-dessous de façon schématique :

A- Le principe:

Un pied sera composé en principe d'une syllabe (consonne/voyelle prononcée: un son "consonne" et un son "voyelle" ou un son "voyelle" seul).

Par exemple: che, se, tre, e... Ainsi, le mot chat = 1; le mot souris = 2.

B- Les exceptions:


 

a) En fin de vers:

En fin de vers, le "e", même prononcé, est considéré comme un e caduc et subit  donc l'apocope (c'est à dire un amenuisement ou une disparition), de fait il ne compte pas pour une syllabe.

Par exemple: étoile =2 (é/toil') et non 3 (é/toi/le).

 


 

b) Les "e caducs" (ou "e" muets):

 

Ils se prononcent, sauf après (ie/ue) ou avant une autre voyelle.

 

Par exemple: il s'appelle aussi =5 (il/s'a/pell'/au/ssi).

 


c) les "semi voyelles":

Les "semi voyelles" ([j]: y : "ya", "yo"; [w]: "ouate" [ɥ] : "huit") peuvent subir une diérèse (permet de distinguer 2 syllabes) ou synérèse (une seule syllabe). La synérèse ou la diérèse sont un choix du poète, mais la diérèse est plus courante.

Par exemple: lion compte pour 2 en diérèse (li-on) et 1 en synérèse (lion).


d) les liaisons:

Les liaisons doivent être prononcées dans la poésie, même avec un e caduc et peuvent donc avoir un impact sur la métrique.

Par exemple : manges-en compte pour 3 (man/je/zan).


PS: cet article fut rédigé grâce à l'appui d'un article de wikipédia sur la métrique et des informations apportées par Ito san et K de Nagoya. Je suis preneur de toute référence de livre concernant la métrique en français.
Bibliographie: wikipédia, kanji to kana, manuel de japonais classique, haiku nyûmon

Maj/Update: 03/06/2008
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Published by Christian - dans Théorie haïku
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11 février 2007 7 11 /02 /février /2007 14:00
Après s'être interrogé sur la place de la poésie dans un article précédent, nous examinerons les haïku et leur place en France. Cet article doit beaucoup à quelques réflexions initiées sur le blog francophone '"dans le hamac de Tokyo" que je vous invite à visiter et à un échange d'emails avec Ito san .

Si de nombreuses formes poétiques courtes existent au Japon, nous considérerons à l'instar de Philippe Costa, que celles dont nous parlons ici sont le haiku de saison, de circonstance et le senryu.

I- Définition des dictionnaires

Les dictionnaires classiques peuvent donner une première approche de la forme des haiku, de leurs caractéristiques ou corps physique, plus qu'une réelle définition.

Ainsi dans le petit Robert, nous trouvons cette explication lapidaire " poème classique japonais de 17 syllabes réparties en 3 vers (5, 7, 5)" du terme haiku. Certains dictionnaires ajoutent que les haikus parlent de la nature ou des saisons.

En France, beaucoup d'auteurs se contentant malheureusement de cette définition, sont induits en erreur: les poèmes qu'ils concoivent, ne relèvent pas des haikus mais d'une forme poétique brève, sans doute d'une famille proche. En effet, même si cela n'enlève rien à la qualité de leur poème, il ne suffit pas de respecter une stricte observance de la métrique pour réaliser un haiku (voir le commentaire d'Ekuni Shigeru sur la page de Dughal).

La définition du haiku nécessite une approche plus complète du phénomène. Ainsi que le mentionne fort justement Ekuni Shigeru, si la forme du haiku est importante, elle n'en est pas l'élément essentiel, l'esprit du haiku: le sujet traité au travers des saisons ou de la nature considéré comme un medium/media par lequel passe le poète.

II- Une brève histoire du haiku

Les Haiku et Senryû se seraient développés au 17e-18e siècles au Japon. Matsuo Munefusa dit "Bashô" (17e siècle) et Karaï Masamichi Hachiemon dit "Karaï Senryû" (18e siècle) en seraient les pères respectifs.

Une petite recherche étymologique nous apprend que le haiku est né vers l'époque de Bashô au milieu du 17e siècle.

A l'époque on ne parle pas de haiku mais de "haikai-renga" (qui signifie alors "poèmes en chaines") ou "renku" (de Tanka pour Maurice Coyaud). Ces poèmes étaient en général composés de 2 parties, la première étant une strophe de trois vers de 5-7-5 pieds et la deuxième de deux vers de 7-7 pieds.

Les poètes de l'époque avaient déjà pris l'habitude d'extraire les premières strophes (appelées "hokku") de leur contexte et de les publier séparément: ce sont les "haikai-hokku". Elles finiront par obtenir leur indépendance au 19e siècle et être abrégées en "haiku".

III- critères de convergence

Plutôt que de décliner des conditions nécessaires et cumulatives pour pouvoir déterminer ou non la présence de haiku, nous allons reprendre les termes de Philippe Costa pour parler de critères de convergeances permettant de guider le lecteur dans sa reconnaissance (et composition) des haiku:

a) la métrique
Le haiku doit comporter dans tous les cas 17 pieds (syllabes) composé  de 3 vers de 5, 7 et  5 pieds.
Le senryu par rapport aux haiku de saison et de circonstance possède une plus grande latitude: dans la mesure où le nombre total de pieds (17) est conservé, il est possible de moduler le nombre de vers.

b) le vocabulaire
A l'exception du senryu, le vocabulaire se doit d'être simple (et non pas simpliste).

c) l'autonomie
Le haiku doit se suffire en lui même, c'est à dire ne pas nécessiter d'explication, de titre, etc...  (une réserve doit être apportée aux haikus liés les uns aux autres, sous la forme de recueils, par exemple).

d) le kigo (ou mot de saison) et l'effet humoristique
* le haiku de saison doit comporter un mot faisant référence aux saisons (à ce sujet existent des éphémérides poétiques, voire sur sa page celui de
Mabesoone );

* le senryu doit comporter un effet humoristique.

Et le haiku de circonstance, me direz-vous? C'est selon votre bon vouloir mon bon Monsieur...

Sur la métrique, encore un mot. Tant que l'esprit est là une certaine latitude est accordée au haikaiste dans la composition de son poème, un "joker" selon Philippe Costa: jiamari ("reste de lettres") et jitarazu ("manque de lettres"). Ils signifient que les haiku peuvent respectivement avoir exceptionnellement 18 et 16 syllabes. Attention: ne pas abuser de l'exception à la règle!



IV- La forme courte en occident (France) et son développement

Le poète Yves Bonnefoy , à l'occasion de son discour (FR, JP) lors de la réception du prix Masaoka Shiki en 2000, analyse avec justesse la nature de la forme poétique brève et les raisons ayant freiné son développement en Europe. Bien moins inspirée (et source d'erreurs à mon sens) est son opinion sur le haiku étranger...

Selon Yves Bonnefoy, ce qui caractérise un texte bref est « une capacité accrue de s’ouvrir à une expérience poétique ». Un texte bref se doit de d’être à l’abri de la tentation de prendre du recul par rapport à l’impression immédiate (émotion, intuition, sentiment, perception). Il est ainsi plus naturellement qu’aucun autre en mesure de coïncider avec un instant vécu. Ainsi, si le poète se tourne vers la forme brève, c’est déjà un premier pas vers "ce qui peut être poésie dans notre rapport au monde".

Cette idée va à l'encontre de l'ancienne conception occidentale de tradition chrétienne, qui séparerait l’absolu (la pensée conceptuelle) de la réalité naturelle, l’état du monde (l’instant immédiat, le vécu). La tradition occidentale a donc longtemps constitué un frein au développement de la forme brève.

Ce constat de l’influence chrétienne est selon Bonnefoy, révélé par la faible présence de la forme brève dans la poésie française plus centrée sur la valorisation d’une idée brillante (épigramme) ou rejetée car considérée comme mineure (avec des poètes comme "Toulet" qui se considèrent et sont considérés comme mineurs).

Un certain déclin de la pensée chrétienne avec le développement d’expériences poétiques s’attachant aux impressions auraient créé un terrain favorable aux haïku.

A mon sens, le haïku est une forme poétique de l'instant, terriblement moderne pour laquelle les générations actuelles me semblent plus à même de la comprendre et de la pratiquer.

V- Le développement des haïku

"Basho and the japanese Poetical Epigrams" de Basil Hall Chamberlain, édité en 1902, est reconnu comme étant la première étude d'envergure sur le haïku en Occident (1: commentaire).

En France, Yves Bonnefois fait remonter le développement du haïku aux années 50. Le Robert indique que le terme aurait été introduit en 1922. Notons que le premier recueil de haïku en français, "au fil de l'eau" a toutefois été publié en juillet 1903 (2: commentaire).

Depuis, de nombreuses traductions ont eu lieu  et des poètes amateurs se sont essayés aux haïku sans toutefois toujours en comprendre le sens. Le terme haïku, ainsi galvaudé, est parfois utilisé à tord et à travers (voir ci-dessus).

En espérant que cet article aidera à en comprendre le sens, le lecteur pourra se reporter à quelques suggestions de lectures.

La forme courte poétique étant relativement neuve en occident et bien que cela ne soit pas nécessaire, l'apprentissage du japonais peut être un appui utile (comme "faire ses humanités") pour saisir l'essence poétique des haïku: ainsi que le remarque justement Seegan Mabesoone (article du numéro 15 de Mushimegane), si le japonais apparaît comme une langue "sur-mesure" pour le haïku (expressions évocant les saisons, etc...), l'important n'est pas la langue dans laquelle on s'exprime, mais  "l'état d'abnégation dans laquelle se trouve le poète" (état d'inconscience révélant la nature, oubli de soi en tant qu'être humain). "Cet état d'inconscience détermine la qualité d'un haïku, quelque soit la langue choisie pour s'exprimer".

 A vous maintenant!


BIBLIOGRAPHIE:

- Petit manuel pour écrire des haïku, de Philippe Costa aux éditions Philippe Picquier;
- Issa - Haïku, traduit de Joan Titus Carmel, aux éditions Verdier (toutes les traductions de Joan Titus Carmel sont à conseiller);
- Tanka, Haiku, Renga - le triangle magique, de Maurice Coyaud aux éditions les Belles Lettres;
- et d'autres à venir (...).

LIENS
- L'anneau haïku de Marylène;
- Temps libres-free times un site bilingue (FR/AN) sur le haïku porté sur l'international;
- Nekojita, un site très miaouesque (le nouveau site de nekojita: chichinpuipui);
- Mushimegane, un site très intéressant de la revue littéraire Mushimegane sur le haiku, malheureusement non mise à jour depuis 2001;
- un site international sur le haïku;
- une page du site le japon.org sur Sengai;
- un très beau blog: Manteau d'étoiles.

Et pour ceux qui douteraient encore que le haïku puisse fleurir en dehors de la langue japonaise et de la japonitude:
* "Un verre de vin avec Issa: la joie du haïku à la française" de Seegan (Laurent) MABESOONE ; 一茶とワイン―ふらんす流俳諧の楽しみ (issa to wain furansuryu haikai no tanoshimi): est un journal de haiku écrit par un français en japonais (en fait je ne connais pas d'autres écrivains français japonophones). Non encore traduit (ou adapté par son auteur) , mais qui sait... En attendant vous pouvez vous reporter à une présentation du livre par Paulailleurs dans son hamac de tokyo ici.
* Il existerait au moins un haikaiste japonais ayant composé en français: kon shigeyuki (on le retrouvera cité par M Coyaud. Je cherche à trouver un livre de lui, mais sans résultat...)

MAJ/Update: 27/11/2007


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