De quelques conceptions sur le haïku relatées dans un entretien publié dans la lettre n°48 de Ploc.
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Publié dans : Théorie haïku
Samedi 26 novembre 2011
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Ambassadrice de la culture japonaise en France (1), la poétesse Madoka Mayuzumi a dirigé de mai à juin 2010, un cours de
haïku (une fois par semaine) en japonais à la Maison de la Culture du Japon à Paris.
Devant le succès de ce cours, l'activité sera poursuivie de septembre 2010 à mars 2011 avec un "salon de haïku" en
japonais, et - nouveauté - un cours avec traduction simultanée, "le haïku et la culture japonaise" (une fois par mois pour les deux).
Inscrit pour le cours en japonais, j'ai eu la chance de découvrir, avec une difficulté certaine (2) mais également un grand plaisir, le kukai nippon et la
façon dont le haïku est ressenti à la source avec des participants de niveaux très variés.
Le cours aura également été l'occasion de découvrir le club de haïku japonais de la nihonjinkai.
Le lecteur intéressé pourra lire un compte rendu des cours, disponible sur la revue ploc (partie I et partie II). D'autre
part, les compositions issues de ces séances sont présentes sur mon blog japonais.
(1) désignée par l’Agence nationale japonaise de la Culture pour 2010-2011.
(2) Il est nécessaire non seulement de comprendre suffisamment la langue, mais d'être habitué
aux différentes formes d'écritures à la main des caractères, et d'avoir une écriture relativement rapide et claire. Pour ma part, cela constituera également un entraînement
profitable.
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Publié dans : Théorie haïku
Mercredi 26 janvier 2011
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La semaine à Paris
- Journal illustré hebdomadaire paraissant le vendredi -
Ce qui se verra, s'entendra, se fera à Paris
du vendredi 24 Juin au vendredi 30 Juin 1927
***Chez Crès (dans une édition d'ailleurs charmante) Les Haïkaï de Kikakou,« texte et commentaires japonais traduits pour la
première fois par Kuni Matsuo et Steiniber-Oberlin. Si vous ne gouttez point cela, c'est que toute,une part de la poésie et d'ironie vous échappe. C'est un livre délicieux (dans le bon sens
du mot). Et c'est un véritable événement littéraire (que cette première traduction!— K
Notes biblographiques :
- la revue France-Japon fondée par Bernard et Kuni Matsuo en 1934 ;
- Haikai de Bashô et de ses disciples - Kuni Matsuo et
Steiniber-Oberlin, Paris, Institut international de coopération intellectuelle, 1936
- Les Haikai de Kikakou, Paris, Les éditions G. Grès, 1927
- Drames d'amour. traduits du japonais par kuni matsuo et e. steinilber-oberlin Stock, le
Cabinet Cosmopolite, 1929. (1929)
- Les Notes de l'Oreiller, Librairie Stock, Paris, 1928. le cabinet cosmopolite
Une analyse de l'ouvrage dans "Persée: portail de revues en sciencess humaines et sociales" par E. AUBOUIN.
Maj/update = 14/08/2010
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Publié dans : Théorie haïku
Dimanche 8 août 2010
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Nous avons petit à petit dévoilé certains kigos dans la revue Ploc (des kigos universels et des kigos adaptables à nos régions). Cette année du tigre (虎 "tora") en Asie est l'occasion de
présenter "ame ga tora"(雨が虎), littéralement "la pluie du tigre", une expression de saison appartenant à une catégorie de kigos inadaptables pour leur forte connotation
culturelle.
Cette mise en lumière d'une expression "très japonaise" offre l'occasion de voir ce que pourraient devenir
des kigos francophones similaires.
La "pluie du tigre" tombe le 28 mai dans l'ancien calendrier luni-solaire nippon, ce qui correspondrait
au 4 juillet selon le calendrier grégorien, rendant de fait son utilisation relativement limitée. La probababilité de pleuvoir au début de juillet est cependant élevée, dans un rapport de 2/3
(nous sommes en pleine saison des pluies au Japon - juin & juillet) [1].
Cette expression fait référence à une courtisane "Tora gozen", née à Oiso, dont l'histoire est relatée dans
le "Dit des Soga" ("soga monogatari"), inspiré de faits réels de l'époque de Kamakura. Tora Gozen aimait "soga no sukenari Juro", lequel fut malheureusement tué par les gardes de "Kudo
Suketsune" - dont il avait provoqué la mort.
Tora aurait pleuré si fort la disparition de son amant que ses larmes furent changées en pluie (d'un point de
vue métaphorique, probablement). Depuis, les gens d'Oiso surnommeraient une pluie à grosses gouttes "les larmes de tora".
Le nom de "Tora" proviendrait selon la légende, du moment de la naissance de la dame (année du tigre, mois du
tigre, heure du tigre).
Après la mort de de son amant, elle serait devenue none et retournée dans sa ville de
naissance.
Ainsi, la "pluie du tigre" ou "pluie de Dame Tora", est devenue un kigo à part entière, porteur d'une forte
charge culturelle et émotionnelle en ce qu'il évoque les larmes des femmes séparées de leur bien-aimé.
人知らぬ月日の立つや虎が雨
hito shiranu tsukihi no tatsu ya tora ga ame
L'Homme ignorant
du temps qui passe -
Pluie de Dame Tora*
* rappel: tora signifie tigre en japonais
(赤尾恵以 Akao ei) [2]
Traduction
:
Ce kigo pourrait se
traduire par "pluie du tigre", "pluie de Tora" ou "pluie de Dame Tora".
Variante:
虎が涙雨: les larmes de pluie
du tigre.
Sources:
- Daruma Museum Gallery ;
- article de Tanaka Yuko dans la revue Persée ;
- saijiki de poche de Kodakawa - tome de l'été.
Estampe d'Hiroshige évoquant les larmes de Tora :
Ici.
[2] Saijiki de Kadokawa
Maj/Update : 02/03/2010 ; 06/03/2010; 02/04/2010; 02/05/2010
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Dimanche 28 février 2010
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Georges Bonneau (1897-?) est un orientaliste reconnu pour ses travaux sur la poésie
japonaise.
Avec son ouvrage "Le problème de la poésie japonaise - technique et traduction -", il aborde le premier la question de la traduction de la poésie nippone en français.
Cet essai, écrit dans un contexte de tensions internationales prélude à la seconde guerre mondiale, aurait été motivé par la volonté du Japon de voir ses oeuvres diffusées en langues
étrangères.
L'ouvrage suscite ainsi une réflexion sur la contradiction de 2 tendances concomitantes et opposées que possède toute culture face au principe de traduction :
- d'une part, la volonté de voir diffusées ses oeuvres en langues étrangères, ce mouvement participant de l'affirmation de la valeur de sa culture auprès de d'autres peuples;
- d'autre part, le sentiment que la singularité de sa culture rend difficile, voir impossible l'adaptation dans une autre langue de ses oeuvres, ce qui confirme la valeur issue de sa
différentiation culturelle.
Ces tensions sous-jacentes apparaissent régulièrement dans l'exercice de la traduction : est-il nécessaire, souhaitable, possible de traduire et de transmettre sans trahir? L'exercice n'est-il
pas vain, sans intérêt?
Un début de réponse se trouve peut-être dans la voix de Georges Bonneau en cette période troublée des années 30 : "En ces temps désespérés, tout d'intérêts, de haines, de luttes, humblement,
derrière Barrès, Valéry, Claudel, et tant d'autres, l'auteur pense qu'il faut plus que jamais mettre son espoir dans l'esprit. (...)"
Ainsi, avoir la volonté de traduire, c'est rendre l'Autre familier parmi les siens, c'est aider à sa compréhension et l'humaniser; cela permet de réduire les tensions.
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Sans se pencher de façon systématique sur cet essai de 53 pages, nous en examinerons certains points.
I- Traduction et sens
Georges Bonneau part du constat que le haïku a été interprété sans bien le connaître ("le haïkaî a été commenté, imité: jamais sur ses sources. En français par exemple, on a écrit des
"Haikai" de huit alexandrins, soit quatre-vingt-seize syllabes, quand le Haikai en compte dix-sept"), l'une des raisons tenant sans doute à la faiblesse des traductions de
l'époque.
Il opère ensuite la distinction entre une traduction littérale ("traduction") et une traduction interprétative plus respectueuse ("sens") nécessitant l'analyse du symbolisme du poème ("ce
sens relève des commentaires, de l'étude, de l'enquête").
Une fois le sens (sens connoté, symbolisme du poème) retrouvé après l'étude du contexte, la traduction ne relève que de la technique.
II- Les règles de traduction
Pour Georges Bonneau, le français est la langue européenne la plus adaptée à la traduction de la poésie japonaise, argument sur lequel nous ne nous attarderons pas (et qu'il faudrait sans doute
étayer) afin d'en arriver directement aux règles de traduction présentées en 4 points :
1) rechercher et respecter le sens : la connaissance non seulement de la langue japonaise mais aussi de sa culture permettra d'éviter des
contre-sens et erreurs de traduction.
2) respecter l'ordre des mots : "Un poème est un mouvement. Tuer ce mouvement est tuer le poème."
3) respecter le rythme : "respecter dans la traduction le nombre de syllabes de chaque vers, ou, si impossible, la proportion entre le nombre
de syllabes de chaque vers."
4) ne pas négliger la transposition des procédés techniques tel que les assonances.
III- La question des kirejis
Par l'intermédiaire des poèmes de Bashô posés en exemple, l'auteur nous donne également de façon implicite sa position sur les kirejis, qu'il traduit :
# - Kana
水寒く寝入りかねたるかもめかな
mizu samuku ne-iri kanetaru kamome kana
L'eau glacée :
Qu'elle a peine à s'endormir,
La mouette !
Kana est transcrit par un point d'exclamation à la fin du dernier segment.
#- Ya
朝顔やこれもまたわが友ならず
asagao ya kore mo mata waga tomo narazu
Ah, liseron !
Et pourtant tu n'es pas
Mon ami !
Ya est transcrit par un "Ah~" et un point d'exclamation à la fin du premier segment.
Au final, Georges Bonneau a posé les bases techniques de la traduction de la poésie
japonaise dans un tout cohérent et réfléchi. Ses successeurs se positionneront par rapport à ses réflexions (cf précédents articles: ici & là).
Notes :
~ Une ébauche de bibliographie (open library);
~ Un grand merci à Dominique pour ses sources bibliographiques.
Maj/update : 28/12/2009
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Publié dans : Théorie haïku
Lundi 21 décembre 2009
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